Apple-Samsung : prélude à une révision générale en baisse des résultats ?


© KPMG

Les faits :

Après Apple la semaine dernière, c’est au tour de Samsung de revoir en baisse ses résultats. Avec un résultat opérationnel en chute de 29% sur un an au quatrième trimestre, c’est 18% en-dessous des prévisions des analystes. Malgré l’ampleur de la révision, le cours de bourse n’a baissé que de 1,8% le jour même contre -10% pour Apple ; il a même progressé de 4% le lendemain. Les marchés financiers auraient-ils déjà pris en compte ces médiocres perspectives ? On va vite le savoir : la saison de publications des résultats commence réellement la semaine prochaine avec ceux d’Alcoa, 3ème producteur mondial d’aluminium, et des principales banques américaines.


Mon décryptage :

Les résultats des entreprises sont, avec les taux d’intérêt, les deux indicateurs les plus suivis des investisseurs. Ce sont les critères clés pris en compte pour mesurer la valorisation des marchés financiers.


Les entreprises publient des résultats chaque trimestre. Cela entraine souvent une forte volatilité des cours en fonction des déceptions ou, au contraire, des bonnes surprises, par rapport aux prévisions des analystes. Mais ce qui est encore plus scruté sont les commentaires des dirigeants sur leurs perspectives pour les trimestres à venir.


Le 8 janvier, Samsung a prévenu les investisseurs que les résultats du quatrième trimestre 2018 de la société seraient nettement inférieurs aux prévisions. En cause : une faible demande pour les cartes mémoires et une forte pression sur les prix. Visiblement, les entreprises de collecte de données (Amazon, Google, Microsoft etc…) ont suffisamment de capacités pour le moment. Cela a entrainé une baisse de 11% du chiffre d’affaires du groupe sur un an, selon une première estimation des dirigeants. Etant donnée l’importance de ses coûts fixes, ce recul des ventes s’est propagé au résultat opérationnel qui serait en baisse de 29%.


Les dirigeants ont évoqué le ralentissement de la demande globale de biens de consommation technologiques (comme les smartphones), un fléchissement qu’ils estiment pouvoir se poursuivre jusqu’au second trimestre 2019.


Apple avait déjà lancé un avertissement sur ses ventes de smartphones la semaine dernière. La société vient également de demander à ses fournisseurs de composants de réduire de 10% les volumes de production.


Ces deux avertissements sont-ils le prélude à une révision générale des résultats des entreprises ? Ou seul le secteur technologique serait-il concerné ?


Il semble que le ralentissement de la croissance mondiale ne soit pas encore reflété dans les prévisions des analystes financiers.


Ces derniers ont légèrement revu en baisse leurs prévisions de résultats pour les entreprises américaines depuis quatre mois : la croissance du bénéfice par action en 2019 serait inférieure à +9% au lieu de +10,3% (source FactSet-Chahine Capital). Mais cela semble encore très élevé. La hausse des salaires, le durcissement des conditions de crédit et le non-renouvellement des baisses d’impôt dans un contexte de croissance ralentie, pourraient bien entrainer des déceptions. D’autant que les marges sont au niveau le plus haut depuis plus de dix ans (marge nette proche de 12%).


Rappelons qu’on attend une croissance de l’ordre de 22% du résultat par action en 2018 grâce notamment aux baisses d’impôts et au rachat de leurs propres actions par les sociétés. L’ampleur de ce phénomène de « shares buybacks » est spécifique au marché américain. Il permet aux entreprises de gonfler leur résultat par action en diminuant le nombre d’actions. Sur les neuf premiers mois 2018, les sociétés ont ainsi racheté pour 579Mds$ de leurs propres actions.


Un montant supérieur aux investissements dans les équipements et usines sur la même période (475Mds$, + 19% sur un an, source Howard Silverblatt) et proche du montant global des investissements en incluant les dépenses de recherche et développement (175Mds$ +34% sur un an). Cela représente près de 3% de la capitalisation boursière du S&P500.


En Europe, il n’y a pas encore eu d’ajustements des prévisions de résultats de la part des analystes qui attendent une progression de 9,5% du bénéfice par action en 2019, stable depuis quatre mois (source FactSet-Chahine Capital), et proche de ce qui est attendu sur l’année 2018 (9,9%).


Cependant, même si la croissance des résultats devrait être inférieure aux prévisions des analystes, les marchés financiers n’ont pas attendu ces derniers pour s’ajuster. L’ampleur de la baisse au dernier trimestre 2018 a été supérieure à -10% sur tous les principaux marchés d’actions : -17% pour l’indice japonais (Nikkei 225), -14% pour les indices américain (S&P500) et français (CAC 40), et -11,7% pour les indices européen (Euro Stoxx 50) et chinois (Shanghai composite).


L’un des critères de valorisation des entreprises, le PER (price earning ratio ou cours/bénéfice), qui mesure comment est valorisée une entreprise en fonction de ses résultats, est revenu sur un niveau de 15 aux Etats-Unis contre une moyenne de 16,5 depuis vingt ans et de 12 en Europe contre une moyenne de de plus de 14 depuis vingt ans.


Ma recommandation :

L’année 2019 va être chaotique. Il y aura des périodes de rebond lors de marchés survendus ou lors de possibles bonnes nouvelles sur les relations commerciales sino-américaines.

Mais il ne faut pas perdre de vue la toile de fond : le pic de la croissance mondiale a été atteint en 2018 de même que le pic des résultats des entreprises.


Le ralentissement de la croissance mondiale incite à retenir deux critères dans la sélection des entreprises : un faible niveau d’endettement et la résistance du « business model » (comment sont construits les résultats) à un fléchissement du rythme de croissance de l’activité.


L’allocation d’actifs doit demeurer prudente avec une gestion flexible qui n’hésitera pas à maintenir un niveau élevé de liquidités à certains moments. Même si les marchés financiers semblent avoir déjà anticipé un net ralentissement de la croissance des résultats des entreprises contrairement aux analystes, il faudra scruter avec attention l’évolution du cycle économique mondial.





© 2019 Mes clés pour investir  par Olivia Giscard D'Estaing.  Site réalisé sous Wix par Easy Site Shop

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