Chine : une relance bienvenue


© Pierre Picart

Les faits :

Le gouvernement chinois a annoncé des mesures de relance de l’économie pour faire face au ralentissement de la croissance et tenter de stabiliser la situation.


Lors du congrès national du peuple, la prévision « officielle » de croissance du PIB chinois a été fixée à 6-6,5%, inférieure à 2018 (6,6%) et le plus faible taux de croissance depuis trente ans.


Mon décryptage :

Le gouvernement chinois a confirmé ce que les économistes avaient déjà annoncé : le ralentissement de la croissance chinoise est bien réel. Rien de surprenant pour une puissance économique qui doit faire face à de nombreux défis tout en assurant la poursuite de l’augmentation du niveau de vie de ses 1,350 milliard d’habitants. Avec trois objectifs principaux : réduire les risques, dont ceux liés à l’endettement, diminuer la pauvreté et lutter contre la pollution.


Tout le monde le sait : ces chiffres « officiels » sont manipulés et fixés arbitrairement. Selon une étude conjointe des universités de Chicago et de Hong Kong, la Chine aurait exagéré le rythme de sa croissance de 2% par an de 2008 à 2016. Cela revient à avoir surestimé la taille de l’économie chinoise de 16% ou de plus de 1500 milliards de dollars. Un montant de l’ordre du PIB de l’Espagne.


Des chiffres très crédibles qui se basent sur les chiffres officiels chinois : l’étude compare la production industrielle et les recettes de TVA. Et qui sont complétés par des mesures de l’activité réelle à travers des images satellites ou le fret ferroviaire.


Ils sont d’ailleurs corroborés par les prévisions des économistes de Capital Economics qui anticipent une croissance de 4,5% de 2018 à 2022, de 2,8% de 2023 à 2030 et de seulement 1,5% au-delà.


Les mesures de relance sont donc les bienvenues, d’autant plus qu’elles ne mettent pas trop l’accent sur des programmes de dépenses publiques improductives mais plutôt sur des baisses d’impôts.


Il s’agit d’un programme de baisse d’impôts de près de 300 milliards de dollars, qui concerne à la fois les ménages et les entreprises. Le taux de TVA va être abaissé : de 16% à 13% pour le taux le plus élevé ; de 10% à 9% pour les secteurs de la construction et du transport. Les administrations locales peuvent réduire le taux de cotisation retraite des employeurs de 20% à 16% et ne sont plus autorisées à alourdir les charges fiscales sur les PME.


Les banques commerciales sont « encouragées » à augmenter de plus de 30% leurs prêts aux petites et moyennes entreprises

La croissance des dépenses publiques budgétées en 2019 sera limitée à +6,5% au lieu de + 8,7% en 2018.


Quant aux investissements dans les infrastructures, ils pourraient croître de 10%.

Un programme de bien moindre ampleur que lors de la relance de 2009 où ils avaient progressé de 40% ou même de 2017 avec 20% de hausse.


Ce programme de relance devrait donc plutôt favoriser le secteur privé. Une orientation positive de la politique économique qui pourrait infléchir la tendance à plus de contrôle étatique amorcée par le président Xi Jinping depuis son arrivée au pouvoir en 2013. En 2018, les entreprises d’Etat ont en effet absorbé 70% du total des crédits alloués aux entreprises. A comparer avec 30% il y a cinq ans. Les entreprises privées sont également contraintes d’accueillir des représentants du Parti Communiste chinois qui peuvent interférer sur des décisions aussi capitales que le recrutement ou les choix d’investissements.


Mais le gouvernement a bien compris qu’il devait encourager le secteur privé dont la rentabilité est plus de deux fois supérieure à celle du secteur public (source National Bureau of Statistics of China). Les recettes appliquées depuis les années 80 ont atteint leurs limites. Elles ont le mérite d’avoir sorti près de 800 millions de personnes de la pauvreté grâce à une croissance économique proche de 10% par an.


Mais l’endettement massif que cette politique a provoqué, associé à une faible productivité, exige cet infléchissement en faveur du secteur privé. Rappelons en effet que la dette totale (Etat, ménages, entreprises) dépasse 273% du PIB en Chine. Et que le paiement des intérêts représenterait un montant équivalent aux trois quarts des nouveaux prêts (source The Economist).


Ce que j'en pense :

Si les mesures de relance gouvernementales continuent de favoriser le secteur privé, c’est une bonne nouvelle pour les entreprises et l’équilibre de la croissance économique chinoise.


L’issue des négociations commerciales sino-américaines pourrait aussi se traduire par un peu plus de liberté donnée à ces mêmes entreprises. Après une hausse de 26% depuis le début de l’année (au 7 mars), la bourse de Shanghai pourrait cependant faire une pause.


Même si l’indice est encore inférieur de 6% à son niveau atteint il y a un an. Et que son poids dans les indices boursiers mondiaux va augmenter.


Le fournisseur d’indices mondiaux, MSCI, vient en effet de décider d’augmenter progressivement le poids de la Chine dans ses indices mondiaux qui servent de référence pour les investisseurs.


Cette décision pourrait attirer plus de 80 milliards de dollars de capitaux étrangers sur les bourses chinoises d’ici la fin de l’année.


Cela représente près de 3% de la valorisation de toutes les sociétés chinoises cotées en bourse (MSCI China all shares index).








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