Chute brutale des taux d’intérêt : oiseau de mauvais augure ?


© Olivier Demeulenaere – Regards sur l'économie

Les faits :

Depuis un mois, on assiste à une chute brutale des taux d’intérêts partout dans le monde, y compris aux Etats-Unis. Malgré une croissance du PIB de 3,1% au premier trimestre 2019 et un taux de chômage à seulement 3,6%, le taux des emprunts d’Etat américain à 10 ans a baissé jusqu’à 2,07% contre 2,55% début mai. En France, l’emprunt d’Etat 10 ans n’offre plus que 0,18% de rendement et l’équivalent allemand a même un rendement négatif de 0,20%. Pas moins de 13 000 milliards de dollars de dettes mondiales ont des taux négatifs, c’est-à-dire font perdre de l’argent à ceux qui placent leur épargne dans ces obligations et permettent d’en gagner à ceux qui s’endettent.


Mon décryptage :

Le déclenchement de cette baisse des taux a été provoqué par l’escalade dans la guerre commerciale sino-américaine. C’est aussi le résultat de la versatilité de D. Trump qui remet en cause les accords commerciaux signés en septembre 2018 avec le Mexique en le menaçant de droits de douane de 5% à partir du 10 juin, pouvant aller jusqu’à 25% d’ici octobre, si le Mexique ne lutte pas assez vigoureusement contre l’immigration des Mexicains aux Etats-Unis.


Un accord entre D. Trump et Xi Jinping lors du sommet du G20 les 28-29 juin à Osaka semble de plus en plus improbable. Les économistes commencent ainsi à intégrer le scénario d’une guerre tarifaire totale où les 540 milliards d’importations chinoises aux Etats-Unis subiraient des droits de douane de 25%.


Chez Morgan Stanley, on évoque alors une récession mondiale dans les neuf mois en faisant l’hypothèse de représailles chinoises.


La conjoncture mondiale donne déjà des signes d’essoufflement. Le secteur manufacturier est, pour l’instant, le plus affecté par les hausses de droits de douane. En effet, les indices des enquêtes des directeurs d’achats au niveau mondial, publiées par IHS Markit, sont passés en-dessous du niveau de 50 qui sépare une croissance d’une contraction. A 49,8, c’est le plus bas niveau depuis 2012. Et la plus forte dégradation s’est produite aux Etats-Unis (50,5 en mai contre 52,6 en avril) et au Royaume-Uni (49,4 contre 53,1). Dans la zone euro, il est inférieur à 50 depuis quatre mois (47,7 en mai).


Cela touche plus particulièrement certains pays très dépendants du commerce mondial comme la Corée du sud (exportations/PIB=43%) qui a connu la première baisse de son PIB, depuis la crise financière de 2008, au premier trimestre 2019 (-0,4%). Et l’Allemagne (exportations/PIB= 47%) dont la production manufacturière recule depuis trois trimestres.


Le prix du baril de pétrole a chuté de 16% en un mois à 61 dollars pour le brent de la Mer du Nord.


Certains secteurs ont faibli en bourse. C’est le cas des semi-conducteurs aux Etats-Unis en chute de 16% sur un mois ou de la distribution en baisse de 10%.


Mais les impacts de nouvelles taxes douanières seraient bien plus importants car celles-ci n’affecteraient plus seulement les produits intermédiaires et les biens d’investissement mais aussi les biens de consommation. Rappelons que la consommation représente 70% du PIB américain. Le consommateur verrait alors son pouvoir d’achat entamé : des économistes ont chiffré l’impact à 1200 dollars par foyer. Les entreprises perdraient en compétitivité ou réduiraient leurs marges.


Ce scénario noir pouvait paraître improbable car il n’est pas dans l’intérêt de D. Trump d’affaiblir l’économie américaine à dix-huit mois des élections présidentielles.


Mais ce dernier semble penser que les Etats-Unis sont en position de force pour imposer leurs vues aux autres états du monde. Il est vrai que c’est l’un des moins exposés au commerce mondial avec des exportations qui ne représentent qu’environ 12% du PIB à comparer à 20% pour la Chine et l’Union Européenne (commerce hors Europe) et même plus de 47% pour l’Allemagne.


D. Trump compte aussi sur l’aide de J. Powell, le président de la banque centrale américaine, qui pourrait soutenir la conjoncture américaine en baissant ses taux qui, à 2,25-2,50% sont maintenant au-dessus des taux du marché à deux ans (1,87%) et dix ans (2,11%). Rappelons que le taux directeur de la banque centrale est celui auquel peuvent se refinancer les banques.


L’enjeu n’est pas seulement économique avec notamment la lutte pour le leadership technologique dans l’intelligence artificielle et la 5G. Il est aussi géopolitique. La suprématie américaine est menacée par la puissance chinoise qui s’étend de plus en plus en dehors de son territoire. D’abord en Asie avec une présence de plus en plus menaçante en Mer de Chine. Mais son influence s’étend aussi à l’Europe avec le déploiement des routes de la soie.


Certains évoquent le piège de Thucydide, qui, comme aux temps de la guerre du Péloponèse, conduit à un affrontement belliqueux entre la puissance dominante prise de peur face à l’impérialisme de la puissance émergente. Il semble que D. Trump se soit engagé dans cette voie mais en utilisant l’arme économique.


Ce que j'en pense :

Même si les banques centrales restent en embuscade pour soutenir une croissance économique endommagée par la guerre commerciale, la versatilité du président américain est un réel facteur de perturbation des marchés financiers autant qu’un réel facteur d’incertitude pour les entreprises.

La situation économique américaine ne justifie pas une action vigoureuse de la FED (banque centrale américaine), du moins pour l’instant. Une première baisse des taux pourrait intervenir plus probablement en septembre. Entre-temps, il est préférable de protéger les portefeuilles en détenant un pourcentage d’or. C’est encore le meilleur rempart contre la dévaluation des monnaies et la montée des incertitudes qui ont pris un accent géopolitique.







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