Chute des marchés : irrationnalité ou ajustement ?


Chute des marchés © adempercem - Fotolia.com

Les faits :

Les marchés financiers ont chuté depuis un mois avec des baisses allant de 8% à 14%. Les marchés américains , jusqu’ici épargnés, ont cette fois reculé, de – 9% pour le S&P500 à - 11% pour le Nasdaq (valeurs technologiques) et -14% pour le Russell 2000 (sociétés de petites et moyennes tailles).


Mon décryptage :

Depuis plusieurs mois, les investisseurs s’inquiétaient de marchés américains surévalués. Mais l’histoire des marchés américains montre qu’une surévaluation peut perdurer longtemps avant de se corriger. Il y a toujours d’autres éléments déclencheurs d’une correction.

Apparemment, tout semble aller pour le mieux dans l’économie américaine : la croissance économique s’est accélérée, l’année 2018 est une année record pour les résultats des entreprises, le chômage est au plus bas. Et même si cette croissance se fait en partie grâce à un creusement des déficits et une hausse de la dette, les Etats-Unis n’ont aucun mal à attirer les capitaux du monde entier.


Pourquoi alors cette chute des marchés intervient-elle maintenant ?


Pour essentiellement trois raisons :


- La récente hausse des taux d’intérêt commence à avoir des effets dans certains secteurs : le marché de l’immobilier américain est fragilisé ; le chiffre des ventes de maisons individuelles publié mercredi a montré une baisse de 5,5% des transactions avec des prix en baisse de 3,5%

- Les résultats des entreprises au 3ème trimestre ne sont pas tous au rendez-vous et traduisent un environnement mondial moins favorable : hausses des coûts de production liées aux tarifs douaniers, dépréciations des devises émergentes

- L’environnement géopolitique est menaçant : guerre commerciale sino-américaine, équilibre fragile au Moyen-Orient avec l’Arabie Saoudite déstabilisée par l’assassinat du journaliste M. Khashoggi, une Europe empêtrée dans l’imbroglio du Brexit et de la situation italienne.


Les marchés s’ajustent donc à un avenir qui s’annonce moins favorable. Dans une économie mondiale en ralentissement, les premiers signes de détérioration de l’environnement économique apparaissent aussi aux Etats-Unis.


Cela justifie-t-il une baisse de l’ordre de 10% des indices ?


Selon la théorie financière, la valorisation des actions se mesure par rapport à deux paramètres : le niveau des taux d’intérêt et la croissance des résultats. Les marchés actions doivent offrir une prime de risque par rapport au taux jugé sans risque des emprunts d’Etat. C’est-à-dire que le placement en actions doit offrir un rendement supplémentaire par rapport au taux des emprunts d’Etat à 10 ans.


Cette prime de risque ou rendement supplémentaire se calcule en actualisant aujourd’hui le flux des résultats futurs des entreprises. Historiquement, cette prime de risque tourne autour de 3-4%. En clair, on estime que la valorisation des actions est à son juste prix quand la rémunération attendue d’un placement en actions est supérieure de 3-4% au rendement d’un emprunt d’Etat à 10 ans.


On le voit, cette « juste » valorisation est très fluctuante dans le temps puisqu’elle dépend de deux paramètres qui évoluent en permanence en fonction de l’environnement économique et monétaire. Elle peut aussi être différente d’un cabinet d’analystes à un autre en fonction des hypothèses et des paramètres retenus (résultats, dividendes, taux 10 ans ou 30 ans).

La prime de risque théorique n’est elle-même pas stable dans le temps. Elle dépend du niveau de confiance des investisseurs. Plus la confiance des investisseurs sera élevée plus faible sera la prime de risque exigée. Et inversement : dans un climat d’incertitude et de « peur », les investisseurs exigeront une « surprime » de rendement. Ainsi, la prime de risque a pu atteindre 1,5% à 2% avant l’éclatement de la « bulle » en 2000 jusqu’à 7%-8% au plus fort de la crise en 2008.


Où en est-on aujourd’hui ?


Selon les calculs des bureaux d’analyses, le niveau actuel des marchés financiers (au 24 octobre) offre une prime de risque proche de 3% sur le marché américain et de 6% sur les marchés européens.


Si le marché américain offre peu de marge de manœuvre dans un contexte qui se détériore, ce n’est pas le cas du marché européen.


Les questions à se poser sont donc les suivantes :

- L’environnement politique en Europe justifie-t-il une prime élevée supérieure à 6% ?

- Les taux d’intérêt vont-ils augmenter ?

- Le ralentissement économique mondial va-t-il entraver la croissance des résultats des entreprises ?


Sur l’environnement politique en Europe, chacun peut avoir son opinion. Le pire scénario serait un « hard Brexit » (sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne sans accord) et une sortie de l’Italie de la zone euro. Ce n’est pas ce que nous indique l’évolution de la livre depuis fin août : stable par rapport au dollar et en hausse de 1,5% par rapport à l’euro.


Quant à une sortie de l’Italie de la zone euro, aucune des parties n’y a intérêt (voir mon décryptage Italie-Commission européenne : jusqu’où ira le bras de fer ?).


La politique monétaire de la BCE (Banque Centrale Européenne) est encore très accommodante. Le contexte politique va certainement l’inciter à une grande prudence.


D’autant que l’on constate un ralentissement de la croissance économique dans la zone euro. Hors Italie, les taux d’intérêt des emprunts d’Etat sont en baisse depuis un an dans tous les autres pays de la zone euro.


Quant aux résultats des entreprises, le consensus des analystes attend une progression de l’ordre de 9% en 2019 et 2020. La dispersion de la croissance risque cependant d’être très forte entre par exemple un secteur aéronautique en pleine forme et un secteur automobile en difficulté.


Ma recommandation :

Ni les marchés financiers ni l’économie ne sont une science exacte. Le facteur humain reste un paramètre important mesuré par le degré de confiance des ménages, des entreprises, des investisseurs. En ce moment, l’Europe est au cœur des préoccupations et les récentes évolutions politiques rendent nerveux les acteurs de la sphère économique et financière. Mais la débâcle des marchés européens avec des chutes boursières sans rapport avec l’analyse objective des faits justifie d’acheter des actions européennes. Il est illusoire de tenter d’attendre un point bas sur les marchés que personne n’est capable de connaître. Au contraire, une attitude raisonnable consiste à progressivement augmenter ses positions dans certaines actions européennes (notamment les sociétés de taille moyenne dont les cours de bourse se sont effondrés), avec l’idée qu’à ces niveaux de valorisations, l’investisseur qui a du temps devant lui sera rémunéré pour le risque qu’il aura pris. D’autant qu’en Europe, l’alternative de privilégier un investissement sans risque n’existe pas contrairement aux Etats-Unis : si aux Etats-Unis, les taux à 2 ans offre une rémunération de 2,85%, ce n’est pas le cas en Europe (- 0,6% en France).





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© 2019 Mes clés pour investir  par Olivia Giscard D'Estaing.  Site réalisé sous Wix par Easy Site Shop

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