Chute du secteur technologique : le marché a-t ’il raison ?

Mis à jour : 23 nov. 2018


© theendivechronicles

Les faits :

La chute de plus de 20% par rapport à leurs plus hauts niveaux des FAANG (Facebook, Amazon, Apple, Netflix, Google) les font entrer dans un « bear market » (marché baissier). Cela a entrainé l’ensemble des valeurs technologiques et des marchés actions.


Mon décryptage :

Les valeurs technologiques ont été les vedettes de ce dernier cycle boursier avec une progression des valorisations de 16% par an depuis dix ans contre 9,5% pour l’indice mondial des actions (source MSCI).


Le secteur représente près de 26% de l’indice des actions américaines (MSCI USA) et 20% de l’indice mondial des actions (MSCI ACWI) regroupant l’ensemble des 23 pays développés et des 24 pays émergents.


La croissance des résultats du secteur technologique mondial a été spectaculaire depuis dix ans. Elle a été plus du double de la croissance des résultats des autres secteurs de l’indice des actions mondiales (MSCI ACWI) avec un bond de 950% contre 400%.


Apple est la première société mondiale par son poids dans l’indice des actions avec 2,5% de l’indice MSCI ACWI au 31 octobre 2018.

Depuis que l’on sait que les ventes de smartphones d’Apple (67% du chiffre d’affaires) risquent de baisser, des inquiétudes se manifestent car cela affecte toute la chaîne de fournisseurs et des sous-traitants.


Le 19 novembre, Apple a en effet demandé à ses fournisseurs de diminuer la production d’iPhones pour ses trois nouveaux modèles. La société a aussi indiqué que, dorénavant, elle ne publierait plus le nombre d’unités vendues. Un mauvais signal qui tend à conforter l’avis des analystes financiers qui revoient à la baisse leurs estimations de ventes. Ils prévoient maintenant une baisse de 5% à 9% du nombre d’iPhones vendus en 2019.

Il semble que le marché des smartphones soit à un sommet, 70% de la population mondiale étant déjà équipée.


Le prix d’un iPhone semble aussi difficile à augmenter : le prix moyen a progressé de 34% en 10 ans à 796,4$. Certes, les nouveaux appareils n’ont pas grand-chose à voir avec les tout premiers : taille des écrans, mémoire, fonctionnalités. Mais l’innovation récente a du mal à justifier la hausse des prix dans un marché devenu très concurrentiel.


L’arrivée de la 5G, 5ème génération de la technologie sans fil, pourrait cependant relancer l’intérêt pour les derniers appareils. Selon la société Intel, elle devrait permettre une connexion 50 fois plus rapide avec 1000 fois plus de capacité installée.


Le développement des services (16% du chiffre d’affaires d’Apple), en progression de 20% par an, est aussi un relais de croissance. Il s’agit de l’essor de services tels que la musique, la santé, le paiement, le « cloud ». Avec une base installée de 1,3Md d’iPhone, cette activité a de beaux jours devant elle.


Mais pour l’instant, les préoccupations restent centrées autour du ralentissement de l’activité globale dans un monde marqué par le retour du protectionnisme.


Quel signal nous envoie la chute des valeurs technologiques ?

Est-ce une simple correction liée à une saturation du marché des smartphones ou une alerte plus sérieuse sur le cycle économique global ?


Selon, le FMI (Fonds monétaire international), la technologie des services mobiles a un poids non négligeable dans l’économie mondiale avec 4,5% du PIB mondial estimé en 2017.


Les smartphones auraient représenté un tiers de la croissance des exportations d’Asie et 6% du total des exportations de la Chine. Pour certains pays (Singapour, Malaisie, Corée, Taïwan), la technologie mobile représenterait même de 15% à 33% du total de leurs exportations.


Le secteur est aussi au centre de la « guerre » commerciale que se livrent les Etats-Unis et la Chine. Récemment, les Etats-Unis ont introduit des contrôles sur les exportations vers un fabricant chinois de puces. C’est toute la chaîne d’approvisionnement qui va être affectée. Les investisseurs doivent donc faire preuve d’une extrême prudence concernant plusieurs sous-secteurs technologiques américains (matériel et équipement) en raison de leur exposition à la Chine.


Enfin, les sociétés du secteur sont devenues des géants mondiaux aux pouvoirs tentaculaires. Leur impact social, politique et économique, justifie l’avènement de règlementations plus strictes. C’est l’objet du Règlement Général de Protection des Données (RGPD) qui a été instauré en Europe en mai dernier.

D’autres règlementations devraient suivre.


La chute du secteur technologique reflète ainsi la nécessité de ne pas extrapoler des tendances trop optimistes du rythme de croissance de l’activité. Etant donnée la prime donnée à cette croissance dans la valorisation de ces entreprises, la correction du secteur est saine. Elle permet d’ajuster les valorisations à des perspectives de croissance mondiale plus modestes.


Ma recommandation :

Le risque que veulent tester les marchés à travers la chute du secteur technologique est le risque de récession aux Etats-Unis qui serait provoquée par une politique monétaire trop restrictive. En clair, la hausse des taux de la banque centrale américaine « tuerait » la croissance économique.

En effet, si le gouverneur de la FED, J. Powell, estime que l’économie américaine fonctionne à plein régime et qu’il faut la faire ralentir pour éviter une spirale inflationniste, alors il continuera à augmenter ses taux d’intervention ce qui peut provoquer une récession. L’indicateur clé à suivre est donc l’évolution de l’inflation. Le rebond de l’inflation en octobre (2,5% aux Etats-Unis, 2,2% en zone euro) devrait être temporaire. La chute du prix du pétrole va aider à faire revenir l’inflation dans les limites acceptables par les banques centrales fixées à 2%.

Après leur baisse récente et l’ajustement de leur valorisation à une croissance mondiale plus modeste, les marchés financiers devraient donc pouvoir se reprendre.

Dans ce cas, il faut privilégier les sociétés ayant le meilleur rapport valorisation/croissance des résultats, en étant prudent sur les hypothèses retenues.

A moins que l’environnement politique ne vienne jouer les trouble-fêtes.




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