Coronavirus : déflation puis inflation ?


© Rob Dobi

Les faits :

Le déploiement mondial du coronavirus entraine un arrêt volontaire de plus du tiers des activités dans la plupart des pays du monde. A ce titre, il n’existe pas de période dans l’histoire comparable qui nous permette d’en mesurer économiquement les conséquences d’autant plus que nous ne connaissons pas la durée du confinement imposé par les autorités. Mais ce que l’on peut désormais déjà commencer à chiffrer, ce sont les montants des efforts monétaires et budgétaires accomplis pour essayer de soulager l’impact financier sur la trésorerie de tous les agents économiques touchés par la perte de recettes. Et l’on se demande alors : qui va payer ? Comment vont se résorber ces gigantesques amoncellements de déficits et de dettes ? Cela va-t-il conduire à une baisse des prix ou au contraire relancer l’inflation ?


Mon décryptage :

On n’a pas le choix : il faut empêcher ou retarder la diffusion du virus pour s’adapter à la capacité des institutions sanitaires qui ne peuvent traiter qu’un nombre limité de patients. Si on ne le fait pas, des millions de gens seront sacrifiés. Et de toutes façons, la défiance serait telle que l’économie risquerait de tourner au ralenti pour longtemps, jusqu’à ce qu’un vaccin puisse être administré (troisième trimestre 2021 selon les laboratoires pharmaceutiques). Devant cet arrêt brutal sans précédent de l’économie mondiale, seuls les Etats et les banques centrales peuvent éviter la paupérisation et la dépression. Là non plus, on n’a pas le choix : les banques centrales doivent créer des liquidités et les Etats s’endetter dans le seul but de maintenir les entreprises en vie et de permettre aux personnes sans ressources de s’en sortir. L’économie ne reprendra que petit à petit en fonction du « déconfinement » et de la possibilité d’organiser le travail avec un minimum de risques pour les employés.


Afin de contrecarrer les effets négatifs de la récession, les autorités monétaires et budgétaires ont déployé les grands moyens, allant jusqu’à activer des mécanismes encore jamais utilisés : les banques centrales achètent des obligations d’entreprises, leur prêtent de l’argent en direct, prêtent aux Etats sans limite ; les règles d’orthodoxie budgétaire ont sauté : les déficits publics vont pouvoir augmenter en fonction des besoins issus de l’arrêt momentané des activités, et les Etats peuvent s’endetter sans limite. A Honk-Kong et aux Etats-Unis est utilisé ce que l’on appelle « l’hélicoptère money » c’est-à-dire que de l’argent est versé directement aux ménages. En France, l’Etat s’est engagé à payer 84% des salaires pour les travailleurs au chômage partiel dans la limite de 4,5 SMIC.

Les Américains ont voté un budget de 2200 milliards de dollars à comparer aux 800 milliards de dollars dépensés pendant la crise de 2008.

La banque centrale américaine vient de créer en un mois un montant inimaginable de liquidités : 1571 mille milliards de dollars, soit 1, 8 fois le montant que la Fed avait mis 95 ans à émettre (de 1913 à 2008) !

La BCE a, de son côté, voté un programme de 750 milliards d’euros correspondant à l’augmentation prévue des déficits budgétaires.

Pour l’instant on estime que cela représente près de 7000 milliards de dollars réinjectés dans l’économie mondiale, soit près de 8% du PIB mondial. Mais cela pourrait encore augmenter en fonction de la durée du confinement. Aujourd’hui, ce sont plus de 3,9 milliards de personnes qui sont confinées.

Mais peut-on s’endetter sans limites ? Que va-t-il se passer quand l’économie pourra se remettre à fonctionner ? Comment ces dettes seront-elles payées ? Autant de questions qu’il faut se poser dès maintenant pour comprendre quel sera le monde de demain.

La croissance économique à elle seule ne permettra pas d’alléger le poids des dettes. On le sait, la croissance potentielle en Europe comme aux Etats-Unis est limitée et ne dépasse pas respectivement 1,5% et 2%. Même le taux de croissance de la Chine se rapproche au mieux de 4-5% contre plus de 10% dans les années 2000.

Jusqu’à maintenant l’épargne mondiale est telle que les Etats n’ont aucun mal à se refinancer sur les marchés financiers et à un coût très faible, voire négatif pour certains Etats comme le Japon, l’Allemagne et la Suisse. Le coût de la dette à dix ans en France est proche de zéro. Même aux Etats-Unis, le coût de la dette a nettement baissé récemment en dépit des annonces de nouvelles dépenses budgétaires colossales.

Apparemment, la confiance est là pour penser que toutes ces dettes seront remboursées. Il peut y avoir une autre explication : les investisseurs anticipent la déflation.

Il est vrai que les banques centrales ont été créées justement pour parer aux paniques et disruptions du système financier.

Aujourd’hui, les Banques centrales jouent ce rôle en créant de la monnaie pour la prêter aux banques nationales et aux Etats. Et, on l’a vu, pour répondre en direct aux problèmes de liquidités qui apparaissent.

En théorie, il n’y a pas de frein à la création monétaire d’une banque centrale. Celle-ci peut acheter autant d’actifs que le lui permet la monnaie de réserve de son pays. Et c’est là qu’intervient une première limite. Si la valeur de cette monnaie diminue, c’est-à-dire si le pouvoir d’achat de la devise se rétracte, par perte de confiance par exemple, s’en suit une hyperinflation. La banque est contrainte de créer de plus en plus de monnaie pour acheter le même actif.

Les zones économiques qui gardent la confiance dans leur monnaie n’auraient donc en théorie aucun problème pour financer les dettes de leurs Etats.

Mais une deuxième limite peut également intervenir. En agissant de la sorte, la banque centrale fausse tous les prix des actifs et crée des bulles. Il n’y a plus de réalité économique derrière la valeur de ces actifs. Et la perte de confiance des acteurs économiques peut alors également se manifester.

On en est là aujourd’hui. Le dollar, le yen, le franc suisse, l’euro ont gardé la confiance des investisseurs. La clé semble donc la conservation de cette confiance et par là-même la préservation du pouvoir d’achat de sa monnaie de référence.

Dans quel cas le dollar ou l’euro pourrait-il perdre cette confiance ? Peut-être si l’on réalise que l’économie réelle ne crée pas assez de richesses en face des liquidités créées. Autrement dit que cet argent ne représente que « du vent ».

C’est pourquoi, l’on entend les hommes politiques parler de plans de relance après le confinement. Il faut donner une valeur réelle à tout l’argent créé. Et l’on espère que les investissements repartiront dans des domaines « stratégiques » tels que des programmes destinés à la protection de l’environnement et à l’amélioration des conditions de santé.

Les conséquences de cette situation sur les prix sont difficiles à mesurer : certains économistes prévoient une baisse des prix, d’autres une hyperinflation. Il pourrait bien y avoir les deux en deux étapes différentes : une première baisse des prix due à la récession et au chômage qui pénalisent la demande : les économistes de JP Morgan voient une inflation mondiale passer en territoire négatif mi-2020 notamment à cause de la chute du prix du pétrole ; et l’inflation hors énergie et alimentation serait inférieure à 1%.

Mais elle pourrait être suivie d’une forte hausse des prix avec les mesures de relance et le maintien des liquidités disponibles. Certains autres économistes de la London School of Economics prévoient ainsi de 5 à 10% d’inflation en 2021.

Pourquoi une résurgence de l’inflation alors que cela n’avait pas été le cas après la crise de 2007-2008 malgré l’ampleur des liquidités injectées ?

Parce que la vitesse et l’ampleur des masses injectées est incomparable avec un effet nettement plus puissant. Mais aussi parce que cette fois, une partie des sommes est directement versée aux agents économiques sans passer par les banques.

Les indicateurs à surveiller sont donc les anticipations de hausse des prix par les investisseurs, l’évolution des taux d’intérêt à long terme et l’évolution des devises (euro, dollar)



Ce que j'en pense :

A ce jour, personne, pas même les meilleurs experts économiques ne sont capables de répondre à cette question : y-a-t-il une limite à l’endettement d’une banque centrale ? Seule la confiance des acteurs économiques et financiers peut fixer cette limite. Une variable dont l’évolution est difficile à anticiper.


Cependant, il est probable que, contrairement à la crise de 2007-2008, l’inflation reparte en 2021. Il est probable aussi que les banques centrales ne pourront pas remonter trop vite les taux d’intérêt. Ainsi, les épargnants resteront confrontés au problème des taux réels négatifs : le rendement obtenu de leurs placements obligataires ne préservera pas leur pouvoir d’achat. Ainsi, pour protéger son épargne dans un tel contexte, il est nécessaire de conserver une part d’or dans son patrimoine qui protègera à la fois en période de déflation et d’inflation.


D’autre part, si les taux restent bas et que l’inflation repart, ce sont les actions qui s’en sortiront le mieux. Quand le point bas sur les marchés financiers sera-t-il atteint ? Personne n’en sait rien. Ce que l’on sait, c’est que jamais dans l’histoire économique mondiale, il n’y a eu autant de création monétaire, faussant le prix des actifs et leur enlevant toute référence.







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