Creusement du déficit budgétaire américain : une pression à la hausse sur les taux d’intérêt ?


Département du Trésor Américain © La Dépêche - Wikipedia

Les faits :

Le 15 octobre, le département du Trésor américain (Ministère des finances) a publié les détails du budget pour l’année fiscale se terminant le 30 septembre 2018. Le déficit budgétaire américain a atteint 779 Mds$, soit 3,9% du PIB américain à comparer avec une moyenne de 3,2% depuis 40 ans. Mais la dette fédérale s’est accrue encore beaucoup plus : de 1250 Mds$. C’est ce montant qu’il faut financer par des émissions d’emprunts.


Mon décryptage :

Le déficit budgétaire américain a augmenté de 113 Mds$ en un an, soit +17%. C’est le résultat de dépenses en hausse de 3,2% par rapport à des recettes qui ne progressent que de 0,4% malgré une croissance économique soutenue de 2,9%.


Ce sont notamment les conséquences de la politique de D. Trump : baisse des impôts des entreprises (les recettes ont baissé de 31%), et hausse de 6% du budget de la défense (15% des dépenses de l’Etat).


Cela reflète aussi la croissance des dépenses sociales : medicaid (assurance maladie pour les faibles revenus), medicare (couverture sociale pour les personnes de plus de 65 ans) et sécurité sociale.


Le coût de la dette (intérêts payés) a progressé de 14% et représente 12,7% des dépenses gouvernementales. C’est un poids considérable qui pèse sur les finances publiques. Le montant des intérêts de la dette (523 Mds$) pourrait même, selon les estimations du Congrès, être supérieur au budget de la défense (601 Mds$) en 2023.


Le coût moyen de cette dette a en effet été de 2,4%. Sachant que la moitié de cette dette est financée à moins d’un an, et que les taux d’intérêt à 6 mois sont passés de 0 à 2,46 % en un an, son coût pourrait augmenter rapidement.


D’autant que le montant de la dette continue de progresser. La dette fédérale s’est en effet accrue de 1250 Mds$ sur un an pour atteindre 21 500 Mds$ au 30 septembre, soit 105% du PIB américain.


Normalement, le Congrès impose une limite statutaire au montant de cette dette. Cette limite aurait déjà dû être dépassée, mais depuis février 2018, D. Trump a obtenu que le plafond de la dette soit suspendu jusqu’en mars 2019.


Cela peut expliquer la nervosité de D. Trump : "Ma principale menace, c'est la Fed" (Banque centrale américaine), a-t-il déclaré "Parce que la Fed augmente les taux trop rapidement, et elle est trop indépendante".


On peut aussi s’interroger sur la différence entre l’évolution du déficit budgétaire et de la dette. Pourquoi la dette augmente d’un montant supérieur de 54% au déficit budgétaire ?

En fait, une grande partie des dépenses publiques n’apparait pas dans le budget annuel. Il s’agit de dépenses « hors bilan » qui ne sont pas comptabilisées dans le budget.


C’est donc bien l’évolution de la dette qui est importante car c’est elle qui reflète les besoins de financement de l’Etat fédéral. Et la dette augmente toujours plus que le déficit budgétaire.


Pour financer ses besoins, le Trésor américain (Ministère des Finances) va donc emprunter 769Mds$ rien qu’au cours du second semestre (du 30 juin au 31 décembre 2018).

De manière rationnelle, cela devrait faire pression à la hausse sur les taux d’intérêt : l’Etat va accroître sa demande d’argent. L’équilibre offre-demande devrait donc s’établir à un « prix de l’argent », ou taux d’intérêt, plus élevé.

La chance des Etats-Unis est que le pays n’a pas d’équivalent pour attirer l’épargne mondiale.


Les Etats-Unis restent le pays le plus compétitif au monde selon le dernier classement du Forum économique mondial publié le 17 octobre. Son score est de 85,6 sur 100 devant Singapour (83,5) et l’Allemagne (82,8), la France se situant au 17ème rang (78), pour un score moyen des 140 pays étudiés de 60.


Pour l’instant, les investisseurs continuent donc de financer les besoins fédéraux américains. Ils achètent des emprunts d’Etat libellés en dollar à un taux 10 ans proche de 3,2% qui semble les satisfaire.


Ma recommandation :

Le dernier comité de la FED (Banque centrale américaine) traduit la détermination des gouverneurs à remonter progressivement le taux d’intervention de la banque centrale (taux auquel se refinancent les banques) au moins jusqu’à 3%, ce qui a une influence sur toute la courbe des taux d’intérêt (les taux à court terme jusqu’aux taux à long terme). En théorie, on estime que si les taux à long terme (10 ans) ne dépassent pas le niveau de croissance nominale du PIB (croissance économique + inflation), ils ne pèsent pas sur l’activité économique. Des taux à 10 ans proches de 5% (croissance 2,9% + inflation 2,3%) devraient donc être supportables. Les taux à 10 ans qui sont à 3,2% aujourd’hui ne devraient pas, en théorie, affecter la croissance économique. Mais dans un monde surendetté, l’équilibre est certainement plus bas. La récente rapide hausse des taux a déjà commencé à rendre les marchés financiers nerveux. En effet, la valorisation élevée des marchés américains n’intègre pas de hausse de taux significative. Tant que le niveau des taux d’intérêt n’est pas stabilisé, il faut donc encore s’attendre à des soubresauts sur les marchés américains. Ceux-ci risquent de continuer à impacter les marchés mondiaux. Mais les marchés asiatiques et européens ont déjà beaucoup baissé. En Europe, les taux d’intérêt restent très bas. Le taux d’intérêt 10 ans français est de 0,8% et celui de l’Allemagne inférieur à 0,5%. Des opportunités sont donc à saisir sur les marchés actions d’Asie et d’Europe.




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