Dettes des États : plus un problème ?


© PhC - d'après James Montgomery Flagg

Les faits :

L’État français vient d’emprunter 7Mds€ à un taux de 1,6% remboursable dans 31 ans, en 2050.

Depuis le début de l’année, l’État français s’est financé à un taux de seulement 0,38%. Sur les 7500 Milliards d’euros de dettes des États européens, 40% ont un rendement inférieur à zéro.

Les investisseurs acceptent donc massivement de rémunérer les États pour que ceux-ci s’endettent.


Mon décryptage :

Le 19 février, les investisseurs ont massivement souscrit à l’emprunt de l’État français : ils étaient disposés à prêter 31Milliards d’euros au lieu des 7Milliards demandés. Pour cela, ils perçoivent une rémunération de 1,6% jusqu’en 2050. C’est évidemment mieux que de ne recevoir que 0,5% pour un prêt à l’État sur une durée de dix ans. Mais c’est le niveau le plus bas jamais observé pour une émission d’un emprunt d’État français à plus de 30 ans.


Mais ils n’ont pas forcément le choix. La règlementation contraint les banques et les assureurs à acheter des dettes d’État en fixant des ratios de liquidités ou de fonds propres dans ce sens. Ainsi, un assureur devra-t-il engager beaucoup plus de capitaux investis en obligations d’entreprises ou en actions qu’en emprunts d’État pour couvrir un même risque.


Pourtant, depuis plusieurs mois, on entend de nombreux experts économiques de renom s’alarmer d’un endettement trop important des États. En effet, depuis la crise de 2008, l’endettement des États s’est nettement accru au point de représenter plus de 87% de la richesse mondiale (PIB). Si l’on ajoute le total des dettes privées, cela représente même 225% du PIB mondial. La logique voudrait que les investisseurs exigent donc une rémunération plus forte en contrepartie du risque pris.


Mais de quel risque parle-t-on ? Un État peut-il faire faillite ? Autrement dit, y a-t-il un risque que l’investisseur ne soit pas remboursé à l’échéance de son prêt ? Concernant les États européens, cela est peut probable. D’une part, car il y a des actifs en face de ces dettes. D’autre part, parce que les États ont la faculté d’augmenter les impôts bien que l’on atteigne maintenant des niveaux devenus inacceptables par la population. Mais surtout parce que les banques centrales sont complices des États. Non seulement, elles fixent les taux auxquels peuvent se refinancer les banques à des niveaux excessivement bas. Mais elles achètent elles-mêmes la dette des États.


Donc, a priori, il n’y aurait pas de limite à l’endettement des États. Comme vient de le rappeler Olivier Blanchard, ancien chef économiste du FMI, tant que le taux d’intérêt est inférieur à la croissance nominale du PIB (croissance en volume plus inflation), le coût de cette dette est supportable par le budget de l’État. Autrement dit, si la richesse d’un pays s’accroît à un rythme supérieur au coût de sa dette, la dette est supportable.


En France par exemple, le coût de la dette de l’État a absorbé 13,2% de ses recettes en 2018. C’est moins qu’en 2007, avant la crise financière, où la charge de la dette représentait 17,2% des recettes. Et cela malgré une dette qui est passé de 64,5% du PIB à 105% du PIB aujourd’hui.


Le problème est que le financement de cette dette accapare l’épargne mondiale qui pourrait certainement être plus efficacement utilisée par la sphère privée. Cette dette peut aussi amener les ménages à moins consommer de crainte que les impôts n’augmentent pour payer cette dette.


Il est clair que le surcroit d’endettement n’a pas été efficace pour accroître le potentiel de croissance structurel des pays européens. Bien au contraire.


Le grand perdant est l’épargnant. Il n’a plus d’alternative pour espérer une rémunération de ses placements sans risque. Pour l’instant les compagnies d’assurance-vie continuent à offrir des rendements nettement supérieurs aux emprunts d’État : le taux moyen offert en 2018 était de près de 1,6%. Mais jusqu’à quand ? Ce sont bien ces mêmes compagnies qui souscrivent aux emprunts d’État pour le placement de leurs fonds propres.


Cet environnement de taux réels négatifs (taux d’intérêts inférieurs à l’inflation) a favorisé l’or dont le cours a progressé en dollar de 3,5% depuis le début de l’année. Son cours en dollar reste cependant inférieur de 30% à son précédent record atteint en septembre 2011. Si l’or peut représenter un refuge devant la perte de valeur de la monnaie, il est difficile de mesurer rationnellement sa valorisation. Certains évoquent une valeur proportionnelle à l’endettement mondial. Mais la corrélation est loin d’être linéaire dans le temps.


Ce que j'en pense :

La situation fragile de l’économie européenne ne permet pas de supporter une hausse des taux d’intérêts.

Mais cette situation est très malsaine.

Non seulement, elle encourage les États à s’endetter toujours plus puisque cela ne leur coûte quasiment rien. Mais elle ponctionne les épargnants qui ne sont pas rémunérés pour placer leur argent.

En France par exemple, si on prête de l’argent à l’État à cinq ans, cela nous coûte 0,07%.

C’est ce qu’on appelle la répression financière. Seule issue pour rémunérer son épargne : accepter le risque des placements en actions.

En Europe, le rendement moyen des dividendes des actions est de près de 4%. Mais il faut accepter une forte volatilité, c’est-à-dire de fortes variations de ses placements à la hausse comme à la baisse.

Et être suffisamment habile ou bien conseillé pour savoir augmenter ses liquidités quand cela parait justifié.

Ainsi, après une hausse de 9,7% des marchés européens depuis le début de l’année (indice Stoxx Europe 600), il est raisonnable d’augmenter la part de ses liquidités si l’on se juge trop investi. L’environnement économique et politique européen actuel ne justifie pas de trop grande prise de risque.








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