FED : Capitulation ?


Le président de la banque centrale américaine, Jerome Powell, lors de sa conférence de presse du 30 janvier à Washington. © Alex Wong / AFP / GETTY IMAGES

Les faits :

Changement radical de ton de la part de Jerome Powell, président de la FED (banque centrale américaine), lors de sa conférence de presse du 30 janvier. Patience et flexibilité sont désormais ses maîtres mots. L’analyse de la situation semble avoir significativement changé en six semaines.


Mon décryptage :

L’attitude des banques centrales est particulièrement importante en ce moment alors que l’économie mondiale ralentit et que le niveau des dettes globales n’a jamais été aussi élevé. Toute erreur de politique monétaire pourrait entrainer une nouvelle crise économique et financière.

C’est à ce titre qu’il est important de décoder les propos des gouverneurs des banques centrales.


Jerome Powell a décidé de tenir une conférence de presse à chaque réunion de la FED. Il est à espérer qu’il ne changera pas de discours à chaque fois au risque de faire perdre sa crédibilité à la banque centrale. En effet, le changement de ton depuis sa dernière conférence il y a six semaines est radical. Les deux principaux changements concernent la hausse des taux elle-même et la gestion du bilan de la banque centrale.


Sur le niveau des taux


Le 18 décembre, J. Powell déclarait :

« Certaines autres augmentations progressives de la fourchette cible du taux des fonds fédéraux seront compatibles avec une expansion soutenue de l'activité économique, des conditions favorables du marché du travail et une inflation proche de l'objectif symétrique de 2% fixé par le Comité. »

Le 29 janvier, J.Powell rectifie :


« À la lumière des développements économiques et financiers mondiaux et des pressions inflationnistes atténuées, le Comité fera preuve de patience dans la mesure où il déterminera quels ajustements futurs de la fourchette cible du taux des fonds fédéraux pourraient être appropriés. »

En clair, il n’est plus fait mention de hausse des taux. Le président de la banque centrale admet maintenant que le niveau des taux est jugé « neutre » c’est-à-dire qu’il n’a pas d’impact sur l’activité économique. Il est possible qu’il y ait une seule ou même aucune hausse des taux en 2019 au lieu de deux prévues lors du dernier Comité.


Sur la gestion du bilan de la FED


Le 18 décembre, il déclarait :


« Je pense que le rétrécissement du bilan s’est fait en douceur et a atteint son objectif. Et je ne nous vois pas changer cela. Et je pense effectivement que nous allons continuer à utiliser la politique monétaire, à savoir la politique des taux, comme outil actif de la politique monétaire. »

Le 30 janvier :


« Le Comité est disposé à ajuster les détails pour achever la normalisation du bilan à la lumière de l’évolution de la situation économique et financière. En outre, le Comité serait prêt à utiliser toute sa gamme d’outils, notamment pour modifier la taille et la composition de son bilan, si la conjoncture économique future devait justifier une politique monétaire plus accommodante qu’une réduction du taux des fonds fédéraux. »

En clair, la banque centrale, qui avait décidé de faire automatiquement baisser la taille du bilan de la FED de 50Mds$ par mois, choisit maintenant d’intégrer la gestion de la taille du bilan dans sa politique. Il pourrait même envisager de maintenir la taille du bilan en l’état.


Les raisons invoquées sont : le ralentissement de la croissance mondiale, le resserrement des conditions financières et l’incertitude liée à la fermeture de certains services fédéraux.


Les deux premières raisons sont loin d’être inédites. Elles étaient déjà d’actualité lors du dernier Comité de décembre.


Tout cela parait bien technique aux yeux de non spécialistes. Il est cependant important de comprendre les enjeux d’un tel changement de politique monétaire. Deux interprétations possibles : soit J.Powell juge que l’économie américaine est plus affectée que prévu par ces phénomènes ; soit, il réalise que la chute des marchés financiers du dernier trimestre 2018 est de nature à altérer la confiance des ménages et des entreprises.


Dans le premier cas, ce n’est pas un signal très positif pour les marchés financiers et les futurs résultats des entreprises. Cela indiquerait que les entreprises américaines ne peuvent pas supporter de hausses de taux d’intérêt supplémentaires. Récemment, plusieurs voix se sont en effet élevées pour alerter sur le niveau d’endettement des entreprises américaines. Janet Yellen, ancienne présidente de la FED, mais aussi le FMI (Fonds Monétaire International) et la banque d’Angleterre, ont récemment lancé un avertissement sur les dangers du marché des « leveraged loans », c’est-à-dire des prêts faits aux entreprises dont la santé financière est la plus fragile. Le montant global de ces prêts a en effet atteint un niveau record préoccupant de 1300 Milliards de dollars. Les intérêts de ces prêts étant indexés sur les taux d’intérêt à trois mois, on voit bien que l’inquiétude a pu gagner J. Powell.


Dans le second cas (chute des marchés), c’est au contraire très positif puisque l’on sait désormais que J. Powell ne tolérera pas une baisse des marchés financiers. C’était loin d’être acquis si l’on s’en réfère à certaines de ses déclarations antérieures où il jugeait les marchés financiers « surévalués ».

Si l’on y ajoute les récents tweets de Donald Trump se réjouissant de la remontée du marché américain, on peut se rassurer sur l’évolution des marchés financiers, du moins à court terme : « Dow just broke 25,000. Tremendous news ! » (L’indice Dow Jones vient de casser les 25000. Une nouvelle formidable !).



Ma recommandation :

Un répit semble probable sur les marchés financiers, sachant qu’ils ont pour alliés les deux principaux acteurs américains, à savoir, J.Powell et D. Trump. Malgré leur récent rebond, les marchés financiers restent encore en baisse depuis un an (au 31 janvier) : l’indice mondial (MSCI World) est en recul de 8% et même de 14% hors marché américain.


Pour l’instant, nous sommes en pleine période de publications des résultats sur l’année 2018. Les cours boursiers continuent de réagir avec de fortes amplitudes aux annonces de ces résultats et des perspectives des entreprises. Les valeurs technologiques, moteurs de la hausse des dernières années, s’en sortent plutôt bien. Les cours des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) sont tous en progression depuis le début de l’année.


Mais si certaines hausses sont spectaculaires telles que celle de Facebook (+27%), trois des cinq GAFAM, dont Facebook, ont une performance boursière négative depuis un an. Gardons toujours en tête la toile de fond de l’environnement économique mondial guère encourageante : les derniers indicateurs, concernant l’Europe comme la Chine, traduisent un ralentissement prononcé de la croissance économique.


Un rebond oui mais gare à trop d’optimisme.








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