Gouvernance et climat, préoccupations majeures : Une solution grâce à l’investissement responsable ?

Mis à jour : 30 nov. 2018


Investissement Socialement Responsable

Les faits :

Carlos Ghosn, président de l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi en prison ; publication mardi du dernier rapport alarmant des Nations Unies « The Emission Gap Report » mesurant l’écart des émissions de gaz à effet de serre (GES) avec les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat. Pour que les pays du monde puissent limiter le réchauffement planétaire à moins de 2 degrés, les émissions mondiales de GES en 2030 doivent être inférieures d’environ 25 % à celles de 2017 alors qu’elles ont augmenté après trois ans de stabilisation.


Mon décryptage :

Selon un sondage Ipsos Mori réalisé fin 2017, deux-tiers des français n’avaient jamais entendu parler de l’investissement socialement responsable (ISR). Aucune évolution depuis 2011 (64%).


Qu’est-ce-que l’ISR ?


L’investissement socialement responsable est désigné pour caractériser les investissements qui vont prendre en compte des critères extra-financiers dans leur sélection d’entreprises. Il s’agit de critères dits ESG (environnement, social et gouvernance) qui doivent favoriser les entreprises qui contribuent au développement d’une économie responsable et durable.


Ces critères ESG regroupent de multiples approches : « l’exclusion » qui consiste à exclure de ses investissements des secteurs comme le tabac, l’alcool, l’armement, ou la pornographie ; « thématique » qui, au contraire, se concentre sur les activités dans le domaine du développement durable (réduction des émissions de carbone, énergies renouvelables, traitement de l’eau) ; « Best in class », qui privilégie les sociétés qui ont la meilleure note d’un point de vue extra-financier, la plus utilisée en France.


Dans le monde financier, les européens sont assez précurseurs en essayant d’instaurer des labels. Ainsi, en France, un label d’Etat a été crée fin 2015 pour garantir la qualité de la démarche ISR des fonds labellisés. La loi française de transition énergétique oblige par ailleurs les sociétés de gestion et les investisseurs institutionnels à rendre compte précisément de l’intégration des critères ESG dans leur politique d’investissement. Cette loi impose aussi aux sociétés de gestion dont les fonds présentent un encours supérieur à 500 millions d’euros de communiquer sur leur exposition aux risques climatiques et leur contribution à l’atteinte des objectifs de transition énergétique.


Dans son dernier rapport, le Global Sustainable Investment Alliance (GSIA) chiffrait le total des investissements mondiaux intégrant des critères ESG à 23 000 Mds$ début 2016, soit 26% de tous les actifs gérés et une augmentation de 25% depuis 2014. L’Europe tient la première place avec 53% des actifs mondiaux gérés avec l’ESG devant l’Australie (51%), le Canada (38%) et les Etats-Unis (22%).


Alors, pourquoi une telle méconnaissance des fonds ISR ?


Plusieurs explications :


  • Le nombre de critères ESG est trop important, plus d’une centaine, pour être suffisamment lisible par un particulier. Cela va du respect des droits humains à l’impact environnemental de l’activité économique, en passant par la lutte contre la corruption ou l’indépendance du Conseil d’administration.

  • Ces critères sont différents selon les pays et les acteurs de la gestion d’actifs (assureurs, banques, sociétés de gestion). Certains acteurs utilisent des agences de rating, d’autres ont leur propre outil propriétaire. Quelle hiérarchie est-elle donnée à ces critères ?

  • Le manque d’informations « standardisées », claires, lisibles et chiffrées dans les rapports annuels des sociétés.

  • Une interrogation demeure sur les objectifs du particulier quant à la gestion de son épargne qui peuvent être différents des purs objectifs de l’ISR : préservation de son capital, performance ?

  • Le manque de certitudes quant au réel impact des fonds ISR sur la gestion des sociétés. L’intégration de critères ESG ne peut qu’être approuvée mais cela a-t ‘il un réel impact au niveau des sociétés ?

  • Des soupçons d’utilisation de l’ESG à des fins marketing sans être certain de son efficacité : un fonds d’investissement pour mieux se vendre, une marque pour attirer les « millenials ».

  • Une composition des portefeuilles des plus grands fonds ISR peu différente des autres fonds. On retrouve la plupart des mêmes sociétés dans les plus grands fonds européens ISR ou non : Total, Siemens, SAP, L’Oréal, Axa, Allianz, BASF, Sanofi…Même chose aux États-Unis.


De nombreux progrès sont en passe d’être réalisés et les entreprises sont sous pression pour intégrer les critères ESG dans la gestion de leur activité. Nul doute que l’investissement ISR va accroître son pouvoir d’influence au sein de la direction des entreprises.


De nombreuses voix de personnalités importantes du monde de la gestion d’actifs s’élèvent pour promouvoir « les bonnes pratiques ». Larry Fink, président de BlackRock, a écrit dans une lettre envoyée en janvier 2018 aux patrons des entreprises dont il est actionnaire : « Pour prospérer dans le temps, chaque entreprise doit non seulement générer des performances financières, mais également montrer comment elle apporte une contribution positive à la société ». Rappelons que BlackRock est le leader mondial de la gestion d’actifs avec près de 6400 Mds de dollars d’actifs gérés.


Déjà en 2006, une initiative lancée par des investisseurs internationaux en partenariat avec l’ONU a permis de créer le PRI (Principals for Responsible Investment) dont les six principes pour un investissement responsable sont de plus en plus suivis.


Mais « l’investissement responsable » a longtemps été soupçonné de ne pas répondre aux objectifs de performance financière.

C’est peut-être l’un des enjeux majeurs : montrer que les performances sont au moins similaires à une gestion classique. Ainsi, lors d’un récent conseil d’administration, les membres de CalPERS, le plus important fonds de pension américain avec plus de 365Mds$ d’actifs gérés pour les retraites des californiens, ont démis leur président de ses fonctions…pour cause d’ESG. Le nouveau président a en effet été élu sur un slogan « mon seul objectif est de payer leurs retraites aux fonctionnaires ». Il a fait une campagne dénigrant les performances du fonds qui s’intéressait plus aux problèmes sociaux et environnementaux qu’aux performances : sur dix ans, la performance du fonds a été inférieure à son benchmark.


Pour mesurer les performances, des indices ESG ont été créés, regroupant les sociétés éligibles selon les critères ESG d’exclusion (pas d’activités d’armes nucléaires, de tabac, de charbon-vapeur, de sables bitumineux, de sociétés ne respectant pas les principes du pacte mondial des Nations Unies). De création récente, fin 2016, la performance du fonds indiciel américain est très similaire à celle de l’indice S&P500. Il faut dire que la composition de l’indice ESG regroupe les mêmes grandes sociétés : Apple, Microsoft, Amazon, Johnson&Johnson, JP Morgan, Exxon Mobil, Facebook, Alphabet (Google) etc…Difficile de voir une réelle différentiation dans la gestion.


Ma recommandation :

La tendance au développement de l’ISR et à la prise en compte de critères extra-financiers dans l’analyse est incontestable et bien entendu souhaitable. Cependant, malgré de constants efforts, beaucoup de confusion et de complication demeurent pour véritablement apprécier la différence entre les investissements ISR et les autres. Indicateurs trop nombreux, peu comparables, manque de transparence. Beaucoup de sigles et d’acteurs différents (ISR, RSE, ESG, index Gaïa, PRI, CHRB…), pas de standardisation. Mais nul doute que, sous la pression des régulateurs et des consommateurs, les dirigeants devront prouver qu’ils appliquent des stratégies socialement responsables. En attendant, pour le particulier, il reste plus efficace d’agir à travers son propre comportement responsable comme par exemple limiter sa consommation d’énergie en changeant de chaudière ou éviter de partir en croisière sur des méga-paquebots qui, même à l’arrêt, consomment autant de CO2 qu’un million de voitures (source Novethic).

L’impact est clair, visible et immédiat.




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