Guerre commerciale sino-américaine : une bataille sans perdant ?


Donald Trump et Xi Jinping © Serenews

Les faits :

Donald Trump et Xi-Jinping se sont félicités d’un « dîner très réussi » après leur rencontre au sommet du G20 le 1er décembre. La menace d’augmenter de 10% à 25% les tarifs douaniers sur 200Mds$ d’importations chinoises aux Etats-Unis ne sera pas mise à exécution le 1er janvier. Mais aucun communiqué commun n’a été signé laissant émerger différentes interprétations de leurs accords verbaux.


Mon décryptage :

C’est un premier soulagement. La montée du protectionnisme laisse planer un danger sur l’économie mondiale. Elle conduit inévitablement à un repli sur soi, est un frein à l’innovation et remet en cause l’organisation du commerce mondial. C’est toute la chaine de production qui doit être repensée tant les interactions sont fortes entre les deux pays.


Mais cela représente aussi un enjeu plus crucial encore, celui de la paix mondiale. Le développement des échanges mondiaux est incontestablement un facteur d’apaisement des tensions : lorsque les intérêts de deux pays sont profondément liés par des relations commerciales, aucun des deux gouvernements n’a matériellement intérêt à rentrer en guerre avec l’autre.


On peut alors regretter que l’Europe n’ait pas été plus associée à ces négociations commerciales afin d’obtenir des accords plus globaux et adapter les règles de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) aux nouvelles réalités des échanges mondiaux.


L’objectif affiché de Donald Trump est de réduire le déficit commercial des Etats-Unis avec la Chine qui n’a cessé de se creuser pour atteindre 375Mds$, soit plus de 2% du PIB américain. Son ambition serait de rapatrier la production des biens importés aux Etats-Unis. Par exemple, 98% des chaussures vendues aux Etats-Unis sont importées de Chine (source Fédération des vêtements et chaussures).


Mais derrière cette assertion se cache un combat beaucoup plus stratégique. Celui de conserver la suprématie technologique et militaire des Etats-Unis. La Chine avance à grand pas dans l’intelligence artificielle et ne cache pas ses ambitions à travers son plan « made in China 2025 ». Le gigantisme des « nouvelles routes de la soie » témoigne aussi de son désir d’étendre son influence dans le reste du monde. Ce plan, lancé en 2013, concerne le développement d’infrastructures avec des projets sur quasiment tous les continents.


Donald Trump a donné à la Chine un répit de 90 jours pour apporter des réponses concrètes avec effet immédiat à ses requêtes. Celles-ci concernent la protection de la propriété intellectuelle, la fin des obligations de transferts technologiques et la lutte contre le piratage informatique.


Il semble que les chinois commencent à y répondre. Ils ont dévoilé cette semaine un document, signé par différents organismes gouvernementaux, appliquant des pénalités pour violation de la propriété intellectuelle dès la fin du mois. Ils se prépareraient aussi à acheter du soja, deuxième poste d’exportations américaines vers la Chine.


Un répit de trois mois représente une trêve mais nécessite que des initiatives concrètes interviennent rapidement pour donner une certaine crédibilité à la satisfaction affichée des deux dirigeants.


Ma recommandation :

Il faut que les chinois apportent des preuves tangibles qu’ils répondent bien aux préoccupations des américains concernant les points évoqués ci-dessus. En attendant, l’incertitude va persister, continuant d’entrainer la volatilité des marchés. De toutes façons, il ne faut pas se faire d’illusion : la lutte pour la suprématie mondiale va perdurer pendant plusieurs années. L’important est que les dirigeants des deux pays restent en étroites relations et que le dialogue ne soit pas rompu. Il ne semble qu’aucun d’entre eux ne souhaite une escalade des tensions commerciales, dommageable pour les deux pays. L’Asie va rester une zone de forte croissance qui mérite d’y diversifier ses placements. La chute de plus de 20% du marché chinois depuis fin 2017 est une justification supplémentaire.




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