Hausse des marchés : rien ne peut les arrêter ?


L'économie et la Bourse © Pixabay

Les faits :

Les hausses de près de 15% des marchés américains et européens depuis fin 2018, et de plus de 27% pour le marché chinois, contrastent avec le ralentissement économique mondial et l’incertitude politique liée au Brexit et à la guerre commerciale sino-américaine.


Jusqu’où peut aller cette divergence ?


Mon décryptage :

Cette hausse générale des marchés financiers doit bien sûr être relativisée : le marché américain (S&P500), européen (Stoxx Europe 600) et français (CAC40) sont encore légèrement en-dessous de leur niveau atteint il y a six mois. Mais il ne faut pas oublier leur forte progression depuis cinq ans avec une hausse de 66% du S&P 500 (dividendes réinvestis) et de 48% du CAC40 (dividendes réinvestis), une progression qui s’est arrêtée fin 2017.


Le contexte économique et géopolitique pourrait justifier plus de prudence.


De nombreuses voix expertes continuent en effet d’alerter sur le ralentissement de la conjoncture mondiale. La dernière en date étant celle de Christine Lagarde, directrice générale du Fonds Monétaire International, qui s’est alarmée le 2 avril, du fait que 70% de l’économie mondiale ralentisse.


Les derniers chiffres sur les indicateurs avancés de la conjoncture, les fameux indices d’enquêtes auprès des directeurs d’achat, corroborent ces inquiétudes. Du moins concernant la production industrielle. L’indice manufacturier des directeurs d’achat de la zone euro indique une contraction de l’activité en mars avec 47,5, au plus bas depuis six ans (50 est le niveau qui sépare la croissance de la contraction de l’activité). L’indice chinois est tout juste repassé en territoire positif à 50,5 et l’indice américain atteint 56,1 en mars contre 59,7 en février. C’est le reflet du ralentissement du commerce mondial qui s’est encore accentué : selon l’Organisation mondiale du commerce (OMC), il ne devrait progresser que de 2,6% cette année après 3% en 2018 et 4,6% en 2017.


L’environnement politique est empoisonné par l’incapacité des responsables politiques britanniques à se mettre d’accord sur le Brexit, ce qui prolonge l’incertitude et conduit à la paralysie des agents économiques. De même, les négociations commerciales entre les États-Unis et la Chine traînent en longueur.


Comment expliquer alors la sérénité des marchés financiers ?


Plusieurs explications :


- Ce sont d’abord l’attitude des banques centrales qui ont décidé à l’unisson de conserver une politique « accommodante », c’est-à-dire de tout faire pour maintenir une abondance de liquidités dans l’économie, ou plutôt dans les marchés financiers, afin d’entretenir les dettes des États. Leur imagination semble sans limites. Le vice-président de la Fed, Richard Clarida, vient ainsi de déclarer que la banque centrale américaine se tenait prête à agir en sortant du cadre traditionnel de sa politique monétaire si l’économie subissait des difficultés inattendues.


- Les alternatives pour placer ces liquidités sont rares : près de 10 milliards de dollars d’obligations offrent un rendement négatif (il faut payer pour prêter son argent !). Le taux de l’emprunt d’État français à dix ans n’offre qu’à peine 0,4% de rendement.


- La raréfaction du nombre de sociétés cotées en bourse. Un marché s’équilibre par le jeu de l’offre et de la demande. Il en est de même des marchés financiers. Selon la Banque Mondiale, le nombre de sociétés cotées dans le monde a diminué de plus de 20% depuis la crise de 2017. Aux Etats-Unis, le constat est pire avec une chute de moitié du nombre de sociétés cotées en vingt ans, passant de 7322 sociétés à 3671, selon une étude de Crédit Suisse.


- Le pari que tout se passera bien du côté des enjeux politiques puisque personne n’a intérêt à ce que cela se passe mal. Le seul consensus trouvé au Royaume-Uni se retrouve autour du refus d’une sortie de l’Europe sans accord. Et concernant la guerre commerciale, ni Xi Jinping, le président chinois, ni Donald Trump, ne souhaitent afficher un échec des négociations.


- Le sentiment que l’économie mondiale ne va pas si mal. Si la production manufacturière est en berne, le secteur des services semble maintenir la tête au-dessus de l’eau. Les indicateurs avancés restent au-dessus de 50, niveau qui sépare la croissance de la contraction de l’activité. Même en Europe, l’indice des directeurs d’achat dans les services atteint 53,3 en mars contre 50,8 en janvier et 52,8 en février


Ce que j'en pense :

Pour que les marchés financiers puissent poursuivre leur progression, il faudra que l’économie mondiale donne des signes tangibles de croissance.


Malgré leur imagination, les politiques monétaires ont atteint les limites du raisonnable. Il est temps que les populations ressentent l’amélioration de leur situation. Il ne peut y avoir de divergence continue entre la hausse des marchés et la mauvaise perception par les ménages de leurs propres conditions.


Pour prendre le relais des politiques monétaires, il semble que les Etats s’orientent alors vers une moindre orthodoxie budgétaire, et cela avec la complicité des banques centrales. Cette nationalisation rampante des économies est une mauvaise idée.


Qui pourrait encore croire que les États sont mieux placés que les entreprises pour assurer la prospérité économique ?







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