Hausse du prix du pétrole : spéculation ou déséquilibre offre-demande ?


Le pétrole est le fruit d'un processus très long pendant lequel la matière organique est transformée en hydrocarbure. © Paul Lowry, Flickr, cc by 2.0 © Noorinfo

Les faits :

Le prix du baril de pétrole a progressé de 16% depuis mi-août à 82$ (Brent de Mer du Nord) et de 39% depuis un an. Il s’agit d’un problème d’offre avec le désastre économique et politique au Venezuela, et surtout l’embargo sur les importations d’Iran décidé par les Etats-Unis et qui entre en vigueur le 5 novembre prochain.


Mon décryptage :

Le prix du pétrole dépend de plusieurs facteurs qui rendent difficiles les prévisions.


Si l’évolution de la demande est assez prévisible, ce n’est pas le cas de l’offre qui peut être perturbée par divers facteurs incertains :


Le progrès technologique qui a permis aux Etats-Unis de devenir le premier producteur mondial de pétrole grâce à la fracturation hydraulique avec 11M de barils/jour, soit un doublement en 8 ans. C’est ce que prévoyaient les experts en 2016 mais pour…2040. La production américaine pourrait atteindre 14M de barils/jour vers 2025. Autre évolution notable : l’énergie solaire devrait être largement compétitive vers 2025, 10 ans avant les prévisions initiales,


Les politiques énergétiques favorisant le développement des énergies renouvelables : éolien, solaire, géothermie , biomasse,


Les incidents climatiques : cyclones, tempêtes,


Le risque géopolitique avec la déstabilisation des pays producteurs (Venezuela, Iran, Lybie, Yémen). Les pays de l’OPEP représentent près de 35% de la production mondiale et détiennent 72% des réserves mondiales de pétrole.


A ces incertitudes sur la production s’ajoute la spéculation financière avec l’importance des flux financiers pouvant accroître la volatilité. Le prix du pétrole est en effet fixé sur un marché libre. Il existe un marché à terme (dit « marché des futures ») où les échanges physiques sont rares ; Il s’agit d’achats ou de ventes de contrats de pétrole revendus avant leur échéance.


Chaque année, le département américain de l’énergie établit des prévisions qui servent de référence. Début 2017, il prévoyait un prix moyen de 53$ en 2017 et 56$ en 2018. Le prix moyen a bien été de 54$ en 2017 mais il est de 81$ aujourd’hui, soit une moyenne supérieure à 70$ en 2018. En septembre, l’EIA (US Energy Information Administration) a donc révisé ses chiffres et prévoit 73$ en 2018 et 74$ en 2019.


Si le prix du pétrole vient de fortement augmenter, cela est du essentiellement aux spéculations des marchés qui parient sur une forte baisse de la production iranienne. A partir du 5 novembre prochain, l ’embargo américain sur l’Iran pourrait en effet retirer plus d’1M de barils par jour du marché sur les 3,6M produites. On constate aussi la baisse de la production du Venezuela (1,2Mb/j contre 1,9Mb/j en 2017).

Il est difficile de savoir si cette baisse de la production pourrait être compensée par une hausse dans d’autres pays dont les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite (10,4Mb/j). Aux Etats-Unis, le développement du marché bute sur des goulots d’étranglement liés à un manque de capacités d’oléoducs. Et en Arabie Saoudite, des doutes s’expriment sur leur capacité réelle à augmenter leur production. La production de l’OPEP est déjà proche d’un record.


Le marché pourrait donc rester tendu à court terme. Ces prévisions ne prennent bien entendu pas en compte d’éventuels conflits dans les régions productrices.


L’évolution des prix du pétrole va continuer d’être un facteur clé pour l’économie mondiale. C’est en effet un élément de coût important pour l’industrie, les transports et le logement. C’est aussi un enjeu géopolitique avec des pays très dépendants du pétrole pour leurs recettes publiques.


Le pétrole va en effet rester la première source de consommation d’énergie dans le monde même si sa part va diminuer. Celle-ci devrait passer de 34% aujourd’hui à 27% de la consommation d’énergie mondiale en 2040 au profit du gaz (de 23% à 26%) et des énergies renouvelables (de 4% à 14%).


La part du charbon reste élevée avec 27% de la consommation d’énergie mondiale, en augmentation de 2% depuis 20 ans. Elle devrait encore représenter 21% en 2040. Cela est du au développement de la Chine et de l’Inde dont la consommation atteint respectivement 51% et 11% de la consommation mondiale de charbon.


Ma recommandation :

Le prix d’équilibre du marché qui semble satisfaire tout le monde serait entre 70$ et 80$ le baril. Pas trop bas pour inciter les groupes pétroliers à investir (après plusieurs années de sous-investissement) tout en encourageant le développement des énergies alternatives, et pas trop élevé pour ne pas peser sur l’activité économique mondiale. C’est la fourchette de prix de référence sur laquelle tabler. A court terme, le prix pourrait dévier à la hausse par rapport à cette fourchette si les pertes de production du Venezuela et de l’Iran n’étaient pas compensées par les hausses de production dans le reste du monde (Etats-Unis, Arabie Saoudite, Russie). Mais cela ne devrait pas refléter une tendance de long terme. Ne pas miser sur une hausse durable du prix du pétrole.



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