Huawei, symbole de la guerre technologique mondiale


Source : clubic.com

Les faits :

Le 6 février, la chancelière allemande, Angela Merkel, a déclaré qu’avant d’autoriser Huawei à participer à la construction du réseau 5G, l’Allemagne devait s’assurer que les données ne seront pas transmises au gouvernement chinois. Après les Etats-Unis, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Japon, l’Europe va t ‘elle bannir les équipements Huawei ? Le sujet sera au cœur des discussions lors de l’ouverture du salon mondial des télécom mobiles le 25 février à Barcelone.


Mon décryptage :

Huawei est devenu en trente ans le leader mondial des équipements télécom avec un chiffre d’affaires supérieur à la somme des chiffres d’affaires de Nokia et d’Ericsson. Le groupe détient aussi la seconde place du marché mondial des smartphones avec 15,7% de part de marché, derrière Samsung (20,6%) mais devant Apple (12%). Il affiche sa suprématie dans la 5G, la cinquième génération technologique des réseaux mobiles.


En cela, il représente une menace pour la sécurité des réseaux à travers ses capacités d’espionnage ou de sabotage. Il est en effet facile d’installer des backdoors (portes dérobées ou accès dissimulés) dans les appareils, permettant de récupérer les données.


C’est un enjeu pour l’indépendance technologique de l’Europe et sa sécurité. La 5G, réseau à très haut débit, devrait en effet être au cœur des objets connectés, de la voiture autonome, et de l’intelligence artificielle nécessitant de puissants algorithmes. Cette nouvelle technologie se caractérise par sa puissance avec une connexion cinquante fois plus rapide qu’aujourd’hui et capable de traiter mille fois plus de capacité installée. Elle permettra ainsi d’établir des communications entre appareils sans le recours à des satellites. Ce réseau aura ainsi de nombreuses applications aussi bien civiles que militaires.


Huawei est sous extrême surveillance depuis qu’en 2003 l’équipementier américain Cisco Systems l’a accusé de violer ses brevets et de copier illégalement les codes sources de ses routeurs. Depuis, de nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer les agissements de Huawei. Ce fut Motorola en 2010 poursuivant l’entreprise chinoise pour vol technologique. En 2012, les équipements Huawei ont été bannis de tous les contrats gouvernementaux américains. Plus récemment, au Consumer Electronic Show de Las Vegas, Adam Khan, l’inventeur américain d’un écran incassable, a participé à une enquête avec le FBI visant à démontrer que Huawei avait piraté des informations dans son laboratoire de San Diego, lors de tests effectués sur l’invention. Donald Trump a aussi bloqué l’OPA de Broadcom sur Qualcomm à cause des liens entre Broadcom et Huawei.


Le 1er décembre dernier, la fille du fondateur de Huawei et directrice financière du groupe, a été arrêtée au Canada, à Vancouver. Depuis, treize chefs d’inculpation pèsent sur le groupe parmi lesquels : le contournement des sanctions contre l’Iran, le vol de secrets commerciaux, la fraude électronique, l’obstruction à la justice pour vol de la technologie T-Mobile etc…


En Europe, les Anglais ont été parmi les premiers à réagir. L’opérateur télécom Vodafone a annoncé une pose dans ses commandes de matériel Huawei. Quant à British Telecom, le groupe a décidé de retirer le matériel Huawei du cœur de ses réseaux existants.


Le ministre français des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a expressément reconnu les risques du déploiement des équipements Huawei pour le réseau 5G. Orange avait d’ailleurs affirmé dès le mois de décembre ne pas bâtir le réseau 5G avec Huawei. Mais Huawei est partenaire d’Orange dans le cloud (stockage de données) et a signé un contrat avec Bouygues Télécom pour faire de Bordeaux la première ville dotée d’un réseau 5G.


En Allemagne, les propos d’Angela Merkel ont fait réagir les dirigeants de

Deutsche Telekom qui prédisent un retard de deux à trois ans dans le développement de la 5G s’il fallait éliminer les produits Huawei. Mais le pays est sensibilisé depuis le rachat par le chinois Midea en 2016 de l’emblématique producteur de robots, Kuka, principal fournisseur des champions automobiles allemands.


Dans un monde où les chaînes de production sont globales, de nombreuses sociétés sont concernées. Ainsi, Micron Technology, Intel et Qualcomm sont des fournisseurs importants de Huawei. Le groupe chinois, à travers sa filiale HiSilicon Technologies, ne couvre encore que 26% de ses besoins en puces électroniques.


Ce qui inquiète le plus les gouvernements, ce sont les liens étroits supposés entre le groupe Huawei et le gouvernement chinois. Le groupe a été fondé en 1987 par Ren Zhengfei, un ancien ingénieur de l’Armée populaire de libération, membre du parti communiste chinois. Le développement de Huawei a bénéficié des investissements publics massifs dans les années 90 et s’est développé à l’international grâce aux crédits accordés par la China development bank, banque publique au service de la stratégie du président Xi-Jinping. Huawei n’est pas cotée en bourse ; le capital est détenu par un peu plus de la moitié de ses employés.


Le cas Huawei illustre l’enjeu mondial pour la suprématie des technologies du futur. Mais surtout pour la maîtrise de la sécurité des données et la protection du cœur des réseaux télécom.


L’espionnage n’est d’ailleurs pas l’apanage des Chinois puisque récemment, une enquête du Figaro montrait comment les Américains utilisaient des contentieux juridiques pour s’introduire dans les bases de données des entreprises européennes.



Ce que j'en pense :

Le marché des équipementiers télécom est très cyclique et dépendant des investissements des opérateurs télécom.


Le déploiement de la 5G prévu en 2020-2021 pourrait cependant permettre aux fabricants européens, Nokia et Ericsson, de connaître un nouveau cycle favorable. Surtout si les ambitions des équipementiers chinois Huawei et ZTE étaient bridées.


L’exposition géographique de Nokia est alors plus favorable qu’Ericsson qui réalise plus du quart de son chiffre d’affaires en Asie.

Le salon mondial des télécom mobiles qui se tient à Barcelone pendant quatre jours à partir du 25 février permettra de faire un point sur la vitesse de déploiement de la 5G dont le champ des applications couvre l’ensemble des secteurs de l’économie.

Le secteur est aussi l’un des plus concernés par les négociations commerciales qui se poursuivent entre la Chine et les Etats-Unis afin d’éviter que ne s’appliquent les droits de douane de 25% sur 200Mds de dollars d’importations chinoises aux Etats-Unis à partir du 1er mars prochain.

À moins que cette date ne soit prorogée compte tenu des difficultés que semblent avoir les deux parties pour trouver un accord.








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