Italie-Commission européenne : jusqu’où ira le bras de fer ?


Budget Italien rejeté © Boursorama

Les faits :

La Commission européenne a rejeté mardi le budget présenté par le gouvernement italien. Ce dernier dispose de 3 semaines pour présenter une nouvelle feuille de route. Le gouvernement italien a répondu ne pas avoir de plan B.


Mon décryptage :

L’Italie s’est engagée auprès de la Commission européenne à voter un budget qui permette de réduire l’endettement de l’Etat qui dépasse aujourd’hui 132% du PIB.


Mais le nouveau gouvernement italien, élu sur un tout autre programme, a décidé de voter un budget incompatible avec les règles européennes : le déficit budgétaire devrait atteindre 2,4% en 2019 contre un déficit de 0,8% promis par le gouvernement précédent.


Cela a conduit l'agence de notation Moody's à dégrader d'un cran la note souveraine de l'Italie, l'abaissant de Baa2 à Baa3, soit un échelon seulement au-dessus de la catégorie « junk » (spéculative). Elle a justifié sa décision par « la dégradation marquée de la solidité budgétaire de l'Italie, avec des objectifs gouvernementaux de déficits budgétaires pour les années à venir supérieurs à ce que Moody's prévoyait auparavant » et « les conséquences défavorables pour la croissance à moyen terme de l'arrêt des projets de réformes économiques et budgétaires structurelles ».En revanche, l’agence fixe la perspective de sa note à « stable », ce qui écarte le risque d'une dégradation supplémentaire, tout du moins à court terme.


Que peut-il se passer ?


Le gouvernement italien est prié de revoir sa copie sous les trois semaines et revenir devant la Commission européenne avec un budget plus « compatible ».


Sinon, la Commission européenne peut vouloir engager une « procédure pour déficit excessif » qui peut entrainer des sanctions financières (encore jamais appliquées). Rien d’exceptionnel puisqu’en 2013, 20 pays ont fait l’objet d’une telle procédure. Rappelons que la France n’est sortie de cette procédure qu’en juin dernier !


Mais la Commission européenne ne peut pas non plus faire preuve de trop de rigidité au risque de déclencher une nouvelle crise de la zone euro. D’autant que d’autres pays restent sous ses radars : la France, l’Espagne, la Belgique, le Portugal et la Slovénie sont également sous surveillance pour réduire leur dette.


En effet, malgré les efforts réalisés par les Italiens sur le plan budgétaire, le PIB de l’Italie est encore inférieur à son niveau d’il y a 10 ans. La balance courante est excédentaire depuis 2013 (+2,8% en 2017) contrairement à la France où elle est négative depuis 2007 (- 0,6% en 2017) et le déficit budgétaire en 2017 a été inférieur à celui de la France (2,3% contre 2,6%).


Il ne s’agit donc pas tant de laxisme que d’un problème de croissance économique. L’Italie est confrontée à un faible potentiel de croissance économique à cause d’éléments structurels : une démographie défavorable, une absence de productivité, des écarts importants de compétitivité entre le Nord et le Sud.


Le gouvernement italien doit aussi faire preuve de réalisme. Rien dans son budget ne vient renforcer le potentiel structurel de croissance du pays.

Il s’agit donc d’une négociation à établir entre deux parties qui ont un même but : éviter le chaos d’un affrontement qui pourrait encore aggraver la dislocation de l’Europe et fragiliser l’économie italienne.


Un accord est tout à fait possible si chacun franchit un pas : la Commission Européenne en acceptant le déficit si des mesures de réformes structurelles sont engagées, le gouvernement italien en proposant ces réformes.


Pourquoi ne pas faire appel à un professionnel de la négociation « neutre » ?


Ma recommandation :

Difficile d’afficher une sérénité face à un dilemme politique. Les forces en présence auront-elles suffisamment de sagesse pour trouver un accord ? Pourtant, il parait inimaginable qu’un accord ne soit pas trouvé. Les enjeux politiques, économiques, sociaux, géopolitiques sont trop importants. Les personnalités en charge de la négociation prendront-elles le risque de figurer dans l’histoire comme étant responsables de l’éclatement de la zone euro ? Cela semble improbable. Ne soyons pas trop pessimistes sur le cas italien. Et pour les plus audacieux, achetons des actions italiennes.




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