L’environnement : une chance pour l’Europe ?



Les faits :

La crise de la Covid19 a considérablement renforcé le pouvoir des grands groupes technologiques. C’est le cas des GAFAM américains (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) qui représentent maintenant près de 26% de la valeur totale des 500 premières sociétés américaines cotées (S&P500), mais aussi des BATX chinois (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi) dont la valeur boursière atteint 1270 milliards d’euros, une richesse créée en moins de vingt ans et équivalente au PIB de l’Espagne. Selon Bank of America, la capitalisation boursière des valeurs technologiques américaines (environ 9100 milliards de dollars) est supérieure au total de la capitalisation boursière de l’Europe, Royaume-Uni et Suisse compris (8900 milliards de dollars). L’Europe, au contraire, n’a pas su faire émerger de leaders dans les moteurs de recherche, les réseaux sociaux, les outils de travail à distance, les plateformes de commerce en ligne. Autant d’activités dont l’essor a été accéléré par le confinement, le télétravail et les distanciations sociales. Mais l’Europe a de nombreux atouts pour prendre le leadership des activités liées à la protection de l’environnement, elles-aussi très prometteuses.


Mon décryptage :

Si incontestablement, les groupes technologiques américains et chinois sont les grands bénéficiaires de l’accélération de la digitalisation de nos économies, l’Europe n’a peut-être pas dit son dernier mot. En effet, elle pourrait être au rendez-vous d’une tendance incontestable, un « mega-trend » au sens anglo-saxon du terme, celle de la protection de l’environnement. Les entreprises européennes sont en pointe dans ce domaine et pourraient bien devenir les championnes de la croissance de demain que ce soient dans le traitement des déchets, le recyclage des matériaux, la gestion de l’eau, l’isolation des bâtiments et leur efficacité énergétique, et le développement d’une mobilité propre avec notamment l’hydrogène vert.


Il existe de nombreuses sociétés européennes parfois méconnues qui affichent de fortes croissances. Qui par exemple connait Tomra System, une entreprise norvégienne spécialisée dans la conception et l'exploitation de systèmes de récupération et de recyclage d'emballages auprès de commerçants et de producteurs de boissons ? Pourtant sa valorisation a été multipliée par 5 en cinq ans (+33% en 2020). Ou Sweco AB, un bureau suédois d’ingénieurs-conseils spécialisé dans la conception des villes et collectivités durables dont la valorisation a été aussi multipliée par 5 en cinq ans (+36% en 2020) ? Ou encore Orsted AS, société danoise spécialisée dans le développement de parcs éoliens offshore dont la valorisation a été multipliée par 3,7 fois en cinq ans (+25% en 2020) ?

L’Europe est déjà en avance par rapport aux Etats-Unis et à la Chine avec son « pacte vert » ou « green deal » dont l’ambition est que l’Europe soit le premier continent à avoir une économie à impact climatique neutre en 2050. Le plan de soutien à la croissance post-Covid19 d’un montant de près de 750Mds d’euros (plus de 5% du PIB européen) doit s’inscrire dans ce pacte. En effet, près d’un tiers de ce plan est réservé à des projets « verts » et à ce titre bénéficiera aux entreprises agissant clairement dans ce sens.


Certes, il restera une différence de taille : la rentabilité des business modèles persistera en faveur des valeurs technologiques. En effet, ces dernières sont très légères en capitaux investis puisqu’elles investissent surtout en recherche et développement, et leur activité de services a un accès quasi-immédiat au marché mondial sans coûts logistiques ; elles produisent peu, contrairement aux secteurs liés à l’environnement à forte intensité capitalistique. Mais d’un point de vue sociétal, elles emploient beaucoup moins de personnes.


Il est intéressant de constater que les cinq sociétés GAFAM américaines qui sont valorisées près de 3,8 fois plus que les 40 sociétés du CAC40 emploient 3,7 fois moins de salariés ! Autrement dit, les GAFAM sont valorisées 6677 milliards de dollars contre 1759 milliards de dollars pour le CAC40 mais emploient trois millions cinq cent mille personnes de moins ! Et l’on ne compare les Etats-Unis qu’à la France dans ce cas.


Autre différence de taille : les activités liées à la protection de l’environnement sont des domaines souvent industriels qui ne sont pas en lien direct avec le consommateur. Il est alors plus difficile à ces sociétés d’imposer leur marque et de créer cette valeur immatérielle. Ainsi, parmi le classement BrandZ des cent premières marques mondiales, on ne compte aucune valeur industrielle autre que pétrolière. (https://www.kantar.com/campaigns/brandz/global)


Ce que j'en pense :

Pour la réussite de cette ambition, il faut une réelle coordination entre les acteurs (industriels, chercheurs, organismes publics) et une sélection des projets basée sur des experts indépendants. Il faut aussi une vision d’ensemble, une rapidité d’exécution sur des objectifs précis, et une diffusion à l’ensemble du marché européen.

Au risque de sombrer dans l’abime comme le furent nombre de bonnes intentions : en France en 2011 le « cloud » avait bien été identifié comme une priorité pour notre souveraineté. Dix ans plus tard, les champions du cloud sont tous américains et nos entreprises européennes sont contraintes de les utiliser. Ainsi en pleine Covid19, la France a choisi l’efficacité : c’est Microsoft qui héberge nos données de santé.

Aux Européens de créer un écosystème le plus favorable possible à ces entreprises. Pourquoi pas une « Silicon Valley » des valeurs liées à la protection de l’environnement avec des efforts de recherche démultipliés et un indice boursier européen phare qui les mette en avant ? Avec les BATX, les Chinois ont imité les Américains pour les valeurs technologiques. L’Europe ne pourrait-t-elle pas être la championne d’un indice « vert » ?

Les investisseurs en tous cas semblent être au rendez-vous : au premier trimestre 2020, l’univers des fonds durables européens a collecté 30 milliards d’euros à comparer à une décollecte de 148 milliards d’euros pour l’ensemble des fonds européens.

Ils devraient être soutenus dans les années à venir par d’importants développements réglementaires favorisant la finance durable. De quoi offrir d’excellents espoirs de valorisation aux pépites européennes de l’environnement.






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