La banque centrale américaine au service des marchés financiers : un mauvais calcul ?


The Federal Reserve Building in Washington, D.C. © Anadolu Agency—Getty Images

Les faits :

Le comité de la banque centrale américaine vient, à l’unanimité, de renoncer à poursuivre la hausse de ses taux directeurs et à réduire la taille du bilan de la FED.

Un changement de politique en trois mois difficile à justifier : la prévision de croissance de l’économie américaine n’a été que très peu modifiée avec 2,1% au lieu de 2,3% pour l’année 2019.


Mon décryptage :

Le comité fédéral de la banque centrale américaine (FED) a évoqué une économie américaine « en bonne position », qui va continuer de connaître « une croissance solide en 2019, mais probablement moins rapide que le rythme très soutenu de 2018 ». Il s’est montré satisfait d’un taux de chômage bas et d’une inflation contenue.


Pourquoi, dans ces conditions, modifier radicalement la politique monétaire ? Les derniers indicateurs avancés de l’économie américaine traduisent bien un ralentissement mais pas au point de justifier cette volte-face. En décembre, le comité annonçait deux hausses de taux en 2019. Trois mois plus tard, il y renonce et décide le maintien de la fourchette de taux à 2,25%-2,50% jusqu’à la fin de l’année. Pour rappel, ces taux servent de référence pour les prêts aux consommateurs (taux variables pur l’immobilier, cartes de crédit).


Mais il annonce aussi abandonner la « normalisation » du bilan de la banque centrale, c’est-à-dire la tentative de recalibrer sa taille d’une manière plus conforme à un juste équilibre économique. Le bilan représenterait encore 17% du PIB fin 2019 contre 6% avant la crise de 2007-2008. Dès le mois de mai, le bilan ne diminuera plus que de 15 milliards de dollars par mois au lieu de 50 milliards de dollars aujourd’hui et ne se contractera plus à partir de septembre.


Rappelons que la création monétaire a été sans précédent historique depuis douze ans, le bilan passant de 870 000 milliards de dollars à 4500 000 milliards de dollars en 2015 pour s’établir à 3972 000 milliards de dollars aujourd’hui. Des chiffres vertigineux qui servent à acheter des obligations d’Etat pour financer les déficits publics.


Compte tenu de la situation économique américaine, une attitude moins radicale semblait plus appropriée avec une seule hausse des taux et un arrêt de la contraction du bilan en fin d’année.

Jerome Powell, gouverneur de la FED, a cité « le ralentissement de la croissance des dépenses des ménages et de l’investissement des entreprises » pour justifier ce changement de cap.


Il est vrai que le consommateur américain est assez sensible à l’effet richesse crée par l’évolution des marchés financiers. En effet, quand les marchés montent, il se sent plus riche et donc plus enclin à augmenter ses dépenses. On constate ainsi une forte corrélation entre la hausse de la bourse et la progression des dépenses des ménages aux Etats-Unis, ce qui n’est pas le cas en Europe. La correction boursière fin 2018 a en effet entrainé une baisse de 1,6% des ventes au détail, soit la plus forte baisse en dix ans. Jerome Powell ne voudrait certainement pas endosser la responsabilité de fragiliser cette consommation, véritable moteur de l’économie américaine avec 69% du PIB.


Mais les effets collatéraux d’une telle politique sont de créer des bulles d’actifs. L’intervention systématique de la banque centrale en cas de correction boursière laisse penser que les marchés financiers ne baisseront jamais. C’est ce que les économistes nomment « l’aléa moral », c’est-à-dire un effet pervers qui modifie le comportement des individus face à un risque dont ils s’estiment protégés.

Cela fausse ainsi le juste équilibre du prix des actifs. S’en suit une divergence entre la réalité macroéconomique et les marchés financiers et immobiliers.


La décision de la FED s’est en effet traduite à la fois par une hausse des marchés obligataires et des marchés actions : le taux d’intérêt à dix ans a baissé de 2,61% à 2,52% et le marché actions a progressé de 1% (S&P 500).


D’autre part, cela limite les marges de manœuvre de la banque centrale en cas de ralentissement plus prononcé de l’économie. De quelles munitions disposera la FED pour relancer l’économie si les taux sont déjà très bas ?


Enfin, cela crée une situation malsaine où tout le monde attend d’être « sauvé » par les banques centrales au lieu de s’attaquer aux saines réformes économiques.


Ce que j'en pense :

Les marchés financiers étant artificiellement stimulés par les injections de liquidités des banques centrales et le maintien de taux très bas, ils deviennent aussi très sensibles à toute modification des politiques monétaires et/ou à des chocs externes.

Il faut donc être préparé à encaisser de fortes variations de cours de bourse sur de courtes périodes.

C’est ce que nous avons connu fin 2015 début 2016 et fin 2018 début 2019 avec des baisses de marchés de plus de 15% suivies de hausses équivalentes.

La question qu’il faut alors se poser est la suivante : est-on prêt à supporter de telles fluctuations ? Si la réponse est négative, on peut essayer d’être beaucoup plus flexible dans son allocation d’actifs en n’hésitant pas à faire fortement varier la part d’actions.

Un exercice délicat tant les mouvements de marchés sont difficiles à anticiper. Mais qui a le mérite d’essayer de tempérer les amplitudes de variations des portefeuilles.

Après la forte remontée récente des marchés, la sagesse serait ainsi de vendre une partie de ses actions et de conserver des liquidités en attendant la prochaine correction.








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