La zone euro : une dislocation qui la condamne à sous-performer ?


La zone Euro © Reuters

Les faits :

Le taux italien à 10 ans atteint 3,3% quand le taux allemand à 10 ans n’est que de 0,5%. La fragmentation de l’Europe et le manque de parachèvement de l’Union Monétaire sont de réelles sources de faiblesse. Les marchés financiers de la zone euro ont des performances très médiocres comparées aux Etats-Unis et même au Japon.


Mon décryptage :

La zone euro représente 12% du PIB mondial avec 340M de personnes et 19 pays. C’est la seconde zone économique la plus riche du monde derrière les Etats-Unis (PIB/habitant) avec une monnaie, l’euro, qui est la 2ème monnaie des réserves de changes mondiales.


Mais derrière cette puissance de façade se cache une réalité moins harmonieuse avec une zone euro très fragmentée. Depuis la crise de 2007, les divergences économiques se sont accentuées à la suite des politiques d’austérité imposées dans certains pays : hausses des écarts de taux de croissance, de taux de chômage, de niveaux de balance de paiement, de soldes commerciaux, et de taux d’endettement. Le taux de chômage des jeunes (hors étudiants) atteint 16,6% dans la zone euro avec 2,37M des moins de 25 ans sans emploi. Ce taux varie de moins de 8% en Allemagne et aux Pays-Bas à 39% en Grèce, 34% en Espagne et 31% en Italie (source Eurostat).


La construction de l’Union Monétaire, loin d’être achevée, ne permet pas une meilleure convergence des économies. Pour faciliter la circulation de l’épargne, il faudrait un marché obligataire unifié et liquide avec des « eurobonds », c’est-à-dire des emprunts émis en commun par les pays de la zone euro. Le manque de coopération entre les Etats et de consensus politique fort sur les objectifs de politique monétaire et budgétaire est un frein à la croissance économique.


Cette situation se reflète dans les performances économiques mais aussi boursières : depuis 3 ans (au 30 septembre), l’indice européen des actions (Euro Stoxx 600) a une performance 3 fois inférieure au marché américain (S&P 500), et 2 fois inférieure à celle du Japon (Nikkei 225) avec respectivement +22%, +62% et +47%.


Qu’est-ce-qui peut expliquer un tel écart ?


Le facteur politique joue certainement un rôle. L’écart de prime de risque (c’est-à-dire la différence de rendement entre un placement en actions et un placement en obligations d’Etat 10 ans) entre les Etats-Unis et la zone euro est en effet au plus haut depuis 23 ans. La zone euro est confrontée à un affaiblissement politique des partis traditionnels dans tous les pays et à la montée des populismes. Cet effritement ne permet pas de lui donner une réelle vision capable d’exploiter toutes les richesses de la zone euro. Le risque politique va demeurer jusqu’aux élections européennes de mai 2019. S’ajoute à cela l’incertitude liée aux conséquences du Brexit.


Mais d’autres facteurs plus « financiers » sont aussi déterminants comme :


Le faible poids du secteur technologique dans les indices actions : ce secteur a connu une progression boursière très importante au cours des trois dernières années, alors qu’il représente 26% des indices américains contre 5% à 6% pour les indices européens. L’Europe manque de géants dans le digital, les infrastructures informatiques et la biotechnologie. Aucune valeur technologique européenne ne figure dans le top 50 des capitalisations boursières. La première société technologique européenne, SAP, ne figure qu’à la 59ème place, loin derrière les GAFAM américaines (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) et les BATX chinoises (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi).


Des flux de capitaux moins favorables : le rapatriement des capitaux aux Etats-Unis a certainement contribué aux massifs retraits des capitaux étrangers de la zone euro ; selon les chiffres de Barclays, les fonds investis sur la zone euro ont subi 27 semaines de sorties nettes de capitaux au cours des 28 dernières semaines, représentant plus de 22Mds€. Cela n’est pas compensé par des flux internes puisque l’alourdissement des règlementations des banques et compagnies d’assurance dans la zone euro les incite à délaisser les marchés actions. Et l’épargne des ménages se concentre sur des placements peu risqués.


L’exposition aux marchés émergents, qui, après avoir été porteuse, est devenue source de risque accru. Elle représente 30% du chiffre d’affaires des entreprises européennes contre 15% aux Etats-Unis.


Ma recommandation :

Aujourd’hui, les marchés financiers reflètent une situation qui semble optimale aux Etats-Unis et médiocre en zone euro. Cela peut-il changer ? A court terme, il y a en effet beaucoup d’incertitudes sur la zone euro (Brexit, Italie, ralentissement de la croissance économique) que l’on ne rencontre pas aux Etats-Unis. Et l’avenir de la zone euro dépend d’un sursaut politique que l’on ne voit pas poindre. Mais l’Europe a de nombreux atouts qu’il ne serait pas difficile de mieux valoriser. La zone euro doit-elle inévitablement passer par une crise pour qu’émergent de nouvelles avancées ? Elle a besoin aujourd’hui d’un consensus pour poursuivre l’Union Monétaire et mieux optimiser les flux d’épargne. Paradoxalement, le Brexit et le problème italien pourraient servir de catalyseurs. A condition qu’émerge un leadership politique. Le temps politique n’étant pas celui des marchés financiers, l’écart de valorisation du marché européen avec le marché américain pourrait perdurer. Il est trop tôt pour privilégier le marché européen au marché américain.




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