Newsletter un an après : où en est-on ? Tout change-rien ne change ?



Les faits :

Le bilan d’un an de ma newsletter laisse pantois : les mêmes sujets économiques et financiers sont à l’ordre du jour. C’est comme si rien n’avait avancé en douze mois. Brexit, guerre commerciale, puissance des GAFA, ralentissement de l’économie mondiale. Avec peut-être une source de préoccupation supplémentaire : le contexte géopolitique en Iran et dans le détroit d’Ormuz. Deux changements de taille cependant : un complet revirement de ton des banques centrales et une économie américaine qui a défié, pour l’instant, les mauvais adages prévoyant une récession. L’évolution des marchés financiers a finalement assez bien reflété cet environnement depuis un an (au 26 juillet).


Mon décryptage :

Ma première newsletter titrait « L’Allemagne : la disgrâce ». Le moins que l’on puisse dire est qu’un an après, la situation de l’Allemagne a continué de se détériorer avec une industrie en berne affectée par la guerre commerciale sino-américaine et un secteur automobile en pleine mutation. Cela se traduit par un climat des affaires (indice Ifo) au plus bas depuis 2013. La croissance économique de l’Allemagne n’a été que de +0,4% au premier trimestre et pourrait bien ne pas dépasser +0,5% sur l’ensemble de l’année 2019 (source Bundesbank). L’indice Dax des actions perd 3,4% depuis un an.


Mi-juillet 2018, la conclusion de la newsletter « Attention à l’automobile, l’un des secteurs les plus touchés par la guerre commerciale » reste aussi d’actualité. Le secteur a subi un net revers en bourse avec, depuis un an, une baisse de 14% en Europe (indice MSCI Europe auto) et de 12% au niveau mondial (MSCI Monde auto). Le secteur est également confronté à de profonds bouleversements technologiques (voiture électrique, connectée, normes anti-pollution) et d’évolution des modes de consommation (co-voiturage, location plutôt qu’achat).


Par contre, le secteur agro-alimentaire, qui aurait aussi pu être affecté par la guerre commerciale, s’est très bien comporté boursièrement avec une hausse de plus de 23% en Europe et de 13% dans le monde (MSCI produits alimentaires Europe et Monde). Il a bénéficié de son aspect défensif dans un monde marqué par un ralentissement économique, venant contrecarrer mes inquiétudes exprimées il y a un an : « Attention aux secteurs les plus impactés par la guerre commerciale tels que l’automobile et l’agro-alimentaire ».


L’envolée du prix du pétrole, avec un prix du Brent de la Mer du Nord passé de 56$ à 84$ début octobre 2018, soit une hausse de 50% en un an, aura été de courte durée. Il oscille aujourd’hui autour de 64$, donnant raison à ma conclusion du 27 septembre : « Ne pas miser sur une hausse durable du prix du pétrole ». Il est même inférieur à la fourchette de prix de référence que j’avais alors mentionné « 70$-80$ ».


A propos du Brexit (3 posts les 14 août, 20 septembre et 18 janvier) dont l’incertitude est encore vive, j’ai préféré « m’abstenir de tout pari compte tenu de l’incertitude politique », tout juste à attirer l’attention sur la livre sterling, véritable « baromètre » de la situation : « Un rebond est probable en cas d’accord mais sans accord, certains experts prévoient qu’elle pourrait atteindre 1€ ». On en est presque au même point aujourd’hui même si, avec Boris Johnson comme premier ministre, le risque d’une sortie sans accord pourrait voir sa probabilité augmenter. La livre est pratiquement au même niveau qu’il y a un an à 1,1155$ contre 1,1258€.


L’Italie reste un sujet de préoccupation pour la zone euro et, comme le soulignait ma newsletter du 10 août 2018, il y a toujours « un risque d’éclatement du gouvernement ». Pourtant l’Etat italien peut emprunter à un coût deux fois moins élevé qu’il y a un an : le taux à 10 ans est de 1,55% contre 3% en août 2018. Si mon analyse politique était la bonne, ma conclusion ne l’était pas : « Les rendements ne sont pas assez attractifs pour s’y intéresser ». L’Italie est en effet l’un des premiers bénéficiaires de la recherche de rendement à tout prix dans un environnement où plus de 13 mille milliards de dollars de dettes offrent des taux négatifs.

Par contre, un accord avec la Commission européenne sur le budget italien a bien eu lieu comme je l’avais anticipé (25/10/18) : « Il paraît inimaginable qu’un accord ne soit pas trouvé. Et pour les plus audacieux, achetons des actions italiennes ». L’indice des actions italiennes (FTSE MIB index) a progressé de 16% depuis le 25 octobre.


La conjoncture aux Etats-Unis a, pour l’instant, déjoué tous les pronostics : si les risques d’une récession représentaient l’une des principales préoccupations des économistes en début d’année, la croissance économique, certes, ralentit, mais reste tout à fait honorable : le PIB (Produit intérieur brut) a progressé de 3,1% au premier trimestre et de 2,1% au second trimestre. Même s’il est vrai que les derniers indicateurs avancés (ISM directeurs d’achats) sont mal orientés. Ma newsletter du 3 janvier concluait : « Si une récession américaine n’est pas le scénario le plus envisageable en 2019, la probabilité qu’elle intervienne dans les deux ans reste d’actualité si la politique monétaire continue de se durcir ».


Et c’est en effet du côté des politiques monétaires que le revirement de situation a été le plus spectaculaire. Alors qu’en novembre, la banque centrale américaine prévoyait de poursuivre la hausse de ses taux directeurs commencée fin 2015, un brutal changement de ton est intervenu le 30 janvier. Au lieu de deux hausses supplémentaires de taux en 2019, on évoque maintenant, à l’inverse, deux baisses de taux.


Le feuilleton de la guerre commerciale sino-américaine commence en effet à impacter l’économie de manière significative. L’industrie mondiale est en récession. La hausse des droits de douane jusqu’à 25% sur 250 Mds de dollars de produits chinois importés aux Etats-Unis désorganise les chaînes d’approvisionnement et retarde les décisions d’investissement des entreprises. Si les discussions reprennent entre les deux pays cette semaine, tout le monde s’accorde à penser que les relations commerciales conflictuelles entre les deux puissances sont là pour durer.


Quant à la puissance des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon), évoquée en août dernier, le sujet est plus que jamais d’actualité. Plusieurs enquêtes sont en cours sur leurs pratiques anti-concurrentielles. Et le projet de lancement d’une monnaie, la Libra, par Facebook a fait couler beaucoup d’encre.


Ce que j'en pense :

On le constate : le tableau général des préoccupations économiques mondiales n’a pas beaucoup évolué depuis un an. Au-delà des fluctuations de court terme, les marchés financiers ont plutôt bien reflété cet état de fait. Sur un an, au 26 juillet, la performance des marchés actions mesurée par les indices MSCI en monnaie locale (Morgan Stanley Capital Index) est de -0,10% en Europe, de -9,4% au Japon, de -2,4% pour l’indice des pays émergents, et de +6,7% pour les Etats-Unis. Les taux d’intérêt ont baissé partout avec des taux d’Etat à 10 ans négatifs en Allemagne, France et Suisse. Même la Grèce peut se refinancer à 2%, soit au même coût que les Etats-Unis ! Les investisseurs n’ont pas d’appétit pour le risque et se reportent sur des valeurs refuges : le franc suisse s’est apprécié de 5% contre l’euro ; le yen japonais de 7% ; et l’or s’est apprécié de 16% en dollars.







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