Nouvelles actions des banques centrales : la peur du manque de liquidités ?


Source Planète 360

Les faits :

La BCE (banque centrale européenne) et la FED (banque centrale américaine) reprennent le QE (quantitative easing), c’est-à-dire procèdent à de nouvelles injections de liquidités alors que le monde semble déjà inondé de ces liquidités. Pour quelle raison ? Et pour quelle efficacité ?


Mon décryptage :

Plusieurs signes de tensions sont apparus sur les marchés obligataires depuis quelques semaines : les taux d’intérêt sur les emprunts d’Etat à 10 ans se sont tendus sans raison apparente; fin août, l’émission d’emprunt d’Etat allemand à 30 ans n’a trouvé preneur qu’à hauteur de 43%, et surtout, mardi 17 septembre, le taux repo américain (taux auquel se refinancent les banques) s’est momentanément envolé jusqu’à 10% contraignant la banque centrale de New-York à réinjecter plus de 278 milliards de dollars entre mardi et vendredi.


Petite explication : le repo (repurchase agreement option) est le taux que les banques doivent payer pour recevoir des liquidités au jour le jour en échange de titres (des bons du Trésor) qu’elles déposent en contrepartie. Ces liquidités permettent aux banques d’assurer leurs opérations quotidiennes. En général, le taux est proche de celui du taux de la banque centrale américaine, soit 2,25%. Mais mardi, ce taux du repo a atteint 10% avant que la banque centrale de New-York n’intervienne en injectant un premier montant de 53,2 milliards de dollars mardi puis 75 milliards de dollars chacun des trois jours suivants.

Cette brusque tension traduit le fait que les banques ne disposent pas d’assez de réserves pour assurer leurs opérations quotidiennes. Il faut souligner que le durcissement de la règlementation a limité les marges de manœuvre des banques quant à l’utilisation de leurs réserves.


L’explication qui a été donnée peut paraître rassurante. Il s’agirait d’une simple convergence de besoins de liquidités à un moment donné, pour à la fois payer l’impôt sur les sociétés le 15 septembre et souscrire aux obligations émises par l’Etat américain à hauteur de 54 milliards de dollars. Rappelons en effet que l’Etat doit financer les 1000 milliards de dollars de déficit budgétaire accumulé depuis un an. Et qu’il a l’autorisation de s’endetter sans plafond jusqu’en juin 2021 !


Et cela assèche le marché. En effet, lorsque le Trésor américain a besoin d'emprunter de l'argent pour payer les factures, il vend des obligations. Et lorsqu'il le fait, les banques achètent ces obligations avec leurs excédents de dollars ou leurs réserves. Ainsi, ces dollars sortent de l’économie, entraînant un assèchement de la liquidité mondiale.


Les banques manquent alors de réserves en dollars pour assurer leurs opérations courantes. Le montant des réserves excédentaires des banques est ainsi passé de 2900 milliards de dollars en 2014 à 1300 milliards de dollars aujourd’hui.

Au troisième trimestre, le Trésor américain a prévu d’émettre pour un montant de 433 milliards de dollars, soit quatre fois plus qu’au deuxième trimestre.


Heureusement, J. Powell a rassuré les acteurs des marchés : « Nous assurerons des opérations de marché temporaires pour faire face au problème de liquidités ».

La banque centrale américaine pourrait donc être contrainte de renoncer à la « normalisation monétaire » et augmenter à nouveau la taille de son bilan.

La liquidité est en effet un élément crucial pour assurer le bon fonctionnement de l’économie. Cela a souvent été un élément déclencheur de crise. Un manque de liquidités peut en effet entrainer des réactions en chaine et des ventes forcées d’actifs par les banques concernées. Un taux de refinancement élevé peut ainsi traduire plusieurs dysfonctionnements de marché : une concentration des liquidités excédentaires entre les mains d’un trop petit nombre de banques ou un manque de confiance des banques entre elles qui ne veulent pas se prêter d’argent.


Cela peut paraître paradoxal de constater un problème de liquidités, même temporaire, alors que la masse monétaire mondiale (les billets en circulation et les dépôts à terme) a été gonflée depuis dix ans par des politiques des banques centrales très accommodantes.


Les banques centrales se disent toujours prêtes à intervenir en cas de besoin ce qui devrait rassurer les marchés financiers. Il n’en demeure pas moins que la liquidité est un élément crucial à surveiller qui ne doit pas ajouter de tensions alors que la croissance mondiale est déjà en phase de ralentissement.


Un ralentissement qui suit le cours normal des choses : la croissance repose en effet sur l’emploi et la productivité. Les économistes estiment la croissance potentielle mondiale autour de + 3,5% par an contre 7,5% lors des décennies précédentes. Deux causes essentielles : le vieillissement de la population et son corollaire la faible croissance de la population active ; et le trop faible niveau d’investissement qui aboutit à une érosion des gains de productivité.


Ce que j'en pense :

La liquidité est un rouage essentiel pour le bon fonctionnement de l’économie. Cela légitime l’action des banques centrales qui doivent tout faire pour éviter une crise de liquidités à ce stade du cycle économique. Même s’il est vrai que l’action des banques centrales provoque par ailleurs des effets négatifs parmi lesquels l’appauvrissement de l’épargnant et du secteur financier (banques et assurances), une hausse trop rapide des prix de l’immobilier, et le financement déraisonnable de sociétés « zombies » (sociétés dont les charges d’intérêt sont excessives).

Dans ce contexte, l’épargnant doit faire confiance aux banques centrales pour éviter une crise provenant d’un manque de liquidités. Il doit se concentrer sur son épargne à long terme.

Même si le ralentissement économique mondial est en cours, il n’en demeure pas moins que des opportunités existent dans une économie en plein bouleversement. L’innovation offre des perspectives multiples dans tous les domaines et plus particulièrement ceux de la santé, de l’énergie, du transport, des moyens de paiement et de la communication. Le comportement des consommateurs évolue rapidement ; la réorganisation des circuits de distribution et d’approvisionnement est en marche.

L’enjeu des placements devient alors de bien sélectionner les entreprises qui profiteront le plus de ces tendances de fond. Qui voulait bien investir dans Amazon il y a dix ans ? La performance boursière a pourtant été de + 1887 % ! Ou dans Google lors de son introduction en bourse en 2004 ? Sa valorisation a pourtant été multiplié par 37 fois !

Même dans une économie mondiale qui ralentit, à l’ère de l’innovation, émergent des entreprises qui feront le bonheur des placements des retraités de demain. Le climat est anxiogène mais pas pour tout le monde.







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