Perte d’indépendance des banques centrales : une menace ?


© Liliane Held Khawam

Les faits :

Les pressions de la Maison Blanche se font de plus en plus insistantes sur la banque centrale américaine (FED) pour qu’elle baisse son taux directeur et qu’elle reprenne l’assouplissement monétaire. Donald Trump voudrait également nommer deux de ses proches au conseil des gouverneurs dans le but d’influencer la politique monétaire. On commence à s’interroger sur la capacité de résistance du président de la FED à ces pressions. Quels en sont les enjeux ?


Mon décryptage :

« La FED devrait baisser ses taux. Ils nous ralentissent. Il n’y a pas d’inflation. Si la Fed avait bien fait son travail, ce qu'elle n'a pas fait, le marché boursier aurait progressé de 5 000 à 10 000 points supplémentaires, et le PIB aurait largement dépassé les 4% au lieu de 3% ... presque sans inflation. Le resserrement quantitatif était une tuerie, il (J. Powell) aurait dû faire exactement le contraire !» sont les propos récents du président américain, encouragé par son conseiller économique, Larry Kudlow : « Nous ne voulons pas de mesures qui freineront l’économie ou les marchés financiers. La FED devrait cesser de réduire son bilan ».


Donald Trump a également l’intention de nommer deux de ses plus fervents supporters, Herman Cain et Stephen Moore, au conseil des gouverneurs de la FED.


En Inde, le gouverneur de la banque centrale, mondialement reconnu, avait démissionné en 2018 pour être remplacé par un suppôt politique avant les élections. Au Royaume Uni, les partisans du brexit ont contesté les compétences et les motivations de la banque d’Angleterre. En Europe, trois membres du conseil des gouverneurs vont être remplacés dont le président de la BCE, Mario Draghi, en octobre juste avant la nomination d’un nouveau président de la Commission européenne suite aux élections du parlement européen du mois de mai. Mario Draghi s’est lui-même déclaré « certainement préoccupé de l’indépendance des banques centrales ».


Ces interventions laissent planer une menace sur l’indépendance des banques centrales avec le risque du retour à une politique monétaire au service des enjeux politiques.


Dans les années 70, les politiques monétaires étaient en effet conduites dans l’intérêt du gouvernement en place afin de favoriser sa popularité et faciliter ainsi sa réélection. Mais après la vague d’inflation qui a conduit à des hausses de prix dépassant les 13 %, les banques centrales ont acquis leur indépendance avec l’objectif de mener une politique visant à stabiliser le taux d’inflation.


Aujourd’hui, malgré dix ans de croissance ininterrompue aux Etats-Unis et un taux de chômage au plus bas depuis cinquante ans, l’inflation reste contenue autour de 2%. Les problèmes sont ailleurs : l’endettement mondial, des crises financières régulières, les inégalités, la baisse du pouvoir d’achat des classes moyennes, les enjeux climatiques, les tentatives protectionnistes. Autant de sujets qui dépassent le rôle des banques centrales.


Les politiques monétaires ont-elles alors atteint leurs limites ? Les banques centrales sont efficaces pour lutter contre l’inflation mais si ce n’est pas le sujet, que peuvent-elles faire ?


C’est là qu’interviennent les influences politiques. Et l’on reparle « d’hélicoptère monnaie ». La banque centrale créerait de la monnaie qu’elle transmettrait directement à l’Etat qui pourrait alors utiliser cet argent pour stimuler la croissance : rembourser des impôts aux ménages, augmenter les dépenses publiques etc…Mais l’enjeu est de taille : en accumulant des dettes, on transmet la résolution des problèmes aux générations futures.


Ce que j'en pense :

Le simple objectif de maîtrise de l’inflation assigné aux banques centrales ne permet plus de garantir la stabilité économique et financière.


Malgré une inflation moyenne de 2,6% depuis trente ans aux Etats-Unis et de seulement 2,3% depuis vingt ans, cela n’a pas permis d’éviter plusieurs grandes crises financières aux conséquences économiques et sociales dramatiques. D’autre part, la dernière crise financière de 2007-2008 a considérablement élargi le rôle des banques centrales.


Elles assurent la supervision des banques, sont prêteurs en dernier ressort, sont impliquées dans les négociations de « sauvetage » de pays (Grèce). Cette diversité des tâches les conduit inévitablement à coopérer avec les gouvernements pour coordonner la politique monétaire avec la politique budgétaire.


Mais si cela se traduit par des politiques extravagantes "d'hélicoptère monnaie" , l’inflation pourrait redevenir au cœur des préoccupations de même que l’indépendance des banques centrales. Investir dans l’or sera alors un moyen pour l’épargnant de sauvegarder son épargne.


Mais nous n’en sommes pas encore là.







© 2019 Mes clés pour investir  par Olivia Giscard D'Estaing.  Site réalisé sous Wix par Easy Site Shop

Suivez moi aussi sur

  • Gris Facebook Icône
  • Grey Twitter Icon
  • Grey LinkedIn Icon