Pertes de repères : comment agir ?



Les faits :

La réalité du monde d’aujourd’hui ne correspond plus aux enseignements de la théorie économique. Il n’y a en effet aucun équivalent dans l’histoire économique à ce qui se passe aujourd’hui. Faire des prévisions devient ainsi un exercice quasi-impossible ce qui complique les stratégies d’investissement qui en perdent leur boussole. Une seule certitude : les banques centrales sont toujours là. Pour le meilleur ou pour le pire ? Elles ne font que fausser un peu plus la lisibilité de notre monde économique et financier. Mais ont-elles vraiment le choix face à l’ampleur de la récession ? La semaine dernière, la banque centrale américaine a annoncé vouloir racheter des dettes d’entreprises y compris celles d’associations à but non lucratif. Il n’y a plus de critères de sélection, plus de repères, comment agir ?


Mon décryptage :

Plusieurs indicateurs économiques ne correspondent pas à ce que nous enseigne la théorie économique compte tenu de l’environnement actuel.

L’inflation

Selon Milton Friedman, l’inflation est un phénomène monétaire qui viendrait d’un excès de création de monnaie par rapport aux besoins d’une économie pour sa croissance. Le moins que l’on puisse dire est que cette théorie est prise en défaut aujourd’hui. La création monétaire a été sans précédent : la taille du bilan de la banque centrale américaine a été multiplié par 8 de 2007 à 2020 ; c’est une création monétaire de plus de 6600 mille milliards de dollars, ce qui représente plus des trois quarts de la taille du marché de la dette d’entreprise cotée.

Et pourtant, le taux annuel officiel d’inflation n’est que de 1,2% et de +0,1% avec l’alimentation et l’énergie.

Un taux d’inflation « officiel » qui, par ailleurs, s’écarte de plus en plus du ressenti des consommateurs. Selon une étude de l’Université du Michigan, ces derniers perçoivent une inflation à +3,2%.

Les taux d’intérêt

Selon la règle de Taylor établie en 1993, le niveau des taux des banques centrales devrait s’approcher du taux de croissance potentielle de l’économie auquel s’ajoute l’inflation. C’est ce qui devrait permettre une croissance équilibrée de l’économie. Aux Etats-Unis, le taux de la banque centrale devrait donc avoisiner 3%. Or, le taux de la FED est à 0-0,25% et n’a jamais dépassé 2,5% depuis mars 2008.

Les capacités d’endettement

Elles semblent illimitées alors qu’il y a quelques années, deux économistes, Reinhard et Rogoff, avaient fixé une limite à l’endettement des Etats à 90% au-delà duquel l’effet d’un surendettement sur la croissance devenait négatif. Aujourd’hui, plus personne ne se risque à fixer une limite. C’est que la réalité a défié tous les pronostics : la dette de l’Etat dépasse 140% du PIB au Japon, 130% aux Etats-Unis, 101% en France. Et le FMI (Fonds monétaire international) prévoit que la dette globale des Etats atteindra 122% du PIB mondial à la fin de cette année.

Pourtant, cela n’entraîne aucune demande de « prime de risque » de la part des créanciers qui continuent de financer les Etats avec des taux très bas voire négatifs.

L’évolution des marchés financiers

Historiquement, les périodes de récession entraînent une chute des marchés. C’est compréhensible puisque si l’activité économique recule, il en est de même des résultats des entreprises ; en moyenne, lors des récessions, ces derniers chutent de près de 30%.

Mais aujourd’hui, alors que le FMI évoque « la pire crise depuis la grande dépression des années 30 », les marchés financiers l’ignorent : l’indice large américain, le S&P 500 est en hausse de 6% depuis un an, et le Nasdaq (indice plus technologique) de 26% !

C’est que les banques centrales inondent les marchés financiers de liquidités. Les sommes injectées depuis 2008 sont vertigineuses : aux Etats-Unis, cela représente 18% de la capitalisation boursière américaine (total des valorisations des sociétés américaines cotées en bourse). Selon un rapport publié le 8 juin par Bank of America Merrill Lynch, la liquidité a expliqué 90% de la hausse des marchés.

Rappelons le rôle de la banque centrale américaine : optimiser l’emploi et maintenir la stabilité des prix. Avec un chômage passé de 3% à 13%, et des prix à la consommation inférieurs à 2%, la FED reste cohérente. Sauf que sans fonctionnement normal de l’économie, cela crée des distorsions et provoque une appréciation artificielle des actifs.

Les écarts de prévisions des économistes

Jamais les divergences sur les prévisions de croissance de l’économie n’ont été aussi accentuées : parmi les membres de la FED (banque centrale américaine), certains prévoient une croissance de +7% du PIB américain en 2021, d’autres une baisse de 1% !

L’OCDE de son côté préfère envisager deux scénarios selon qu’il y ait reconfinement ou pas et prévoit une croissance américaine de 1,9% ou de 4,1% en 2021.

Pour la croissance mondiale, l’OCDE prévoit +2,8% ou +5,2% à comparer à seulement +1% ou +4,2% pour la Banque mondiale.



Ce que j'en pense :

Dans un monde économique et financier qui défie les lois historiques, et avec une volatilité extrême des marchés financiers, il devient difficile de gérer son épargne. Autant s’en remettre à son bon sens naturel et s’adapter aux évolutions de notre société :


· Conserver des liquidités pour s’assurer de ne pas avoir à vendre ses actifs investis au mauvais moment ;


· Diversifier ses placements entre actions, immobilier, obligations ;


· Ne pas vouloir capter les mouvements de marchés imprévisibles mais conserver des actions d’entreprises de croissance qui seront encore là dans dix ans : pour assurer des besoins primaires (alimentation, santé), ou parce qu’elles correspondent à l’évolution de notre société (télétravail, utilisation de bases de données, protection de l’environnement, loisirs en ligne, amélioration de la santé).


· Sélectionner des produits structurés à condition d’être très sélectif et avisé : certains sont redevenus intéressants avec une volatilité supérieure à 30 et permettent d’obtenir des rendements supérieurs à 9% par an si les actions ne baissent pas plus de 40% sur cinq ans.


· Conserver une part investie en or dont le prix ne peut que s’apprécier face à la gigantesque création monétaire.


· Investir progressivement par étapes et de façon diversifiée sur les différentes classes d’actifs avec un horizon long terme : le conseil reste le même surtout à l’aube d’incertitudes majeures pour des prises de décision radicales.

Comme le disait le célèbre économiste John Maynard Keynes : « Les marchés peuvent rester irrationnels plus longtemps que vous ne pouvez rester solvables ».







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© 2019 Mes clés pour investir  par Olivia Giscard D'Estaing.  Site réalisé sous Wix par Easy Site Shop

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