Quand la puissance des GAFA s’étend à la monnaie : un risque pour les Etats ?


© Facebook- Libra

Les faits :

Facebook annonce le lancement au premier semestre 2020 d’une infrastructure financière autour de la libra, qui a vocation à devenir une devise numérique mondiale. Ce projet Libra devrait non seulement permettre un paiement instantané mais aussi donner accès à des services financiers. L’ambition est d’en faire bénéficier les 2,4 milliards d’utilisateurs mensuels actifs de Facebook. Les gouvernements s’en émeuvent : un rapport sera présenté sur le sujet au sommet du G7 mi-juillet à Chantilly et Mark Zuckerberg sera auditionné le 16 juillet par la commission bancaire du sénat américain.


Mon décryptage :

Pour donner de la crédibilité au projet Libra, Facebook va s’appuyer dans un premier temps sur vingt-huit partenaires, la plupart américains (hormis Vodafone et Iliad), parmi lesquels on compte des acteurs prestigieux tels que Visa, Mastercard, Paypal Holdings, Uber Technologies, Spotify Technology, et eBay.


Ils seront réunis dans une association indépendante nommée « Libra », basée en Suisse, qui assurera la gouvernance de l’ensemble. Il s’agit notamment d’assurer le bon fonctionnement de la technologie de la blockchain (régistre de transactions) sur laquelle reposera la libra, et de gérer la réserve, c’est-à-dire la valeur de la monnaie.


La valeur de la libra dépendra en effet de cette réserve, représentée par un panier « d’actifs à faible risque tels que titres gouvernementaux dans des devises provenant de banques centrales stables et réputées « (dollar,euro, livre sterling, yen).


Mais c’est Facebook, grâce à sa filiale Calibra, qui fournira le portefeuille numérique permettant d'épargner, de dépenser et d'envoyer des libras. L’utilisation de ce portefeuille se fera soit à travers une application dédiée, soit à travers les applications de Facebook, WhatsApp et Messenger.


L’ambition affichée de ce projet est double : faciliter les transactions entre consommateurs et entreprises partout dans le monde et offrir un accès aux services bancaires aux 1,7 milliard de personnes qui, selon Facebook, ne disposent pas de compte en banque.


Mais derrière ces bonnes intentions se posent inévitablement plusieurs questions : Facebook se servira t ’il des données des utilisateurs du système pour accroître ses revenus publicitaires ou proposer des produits financiers ciblés ? Deviendra-t-il une « shadow bank », c’est-à-dire une banque de l’ombre contribuant au système financier non bancaire de l’économie, capable de créer de la monnaie ?


Compte tenu de sa puissance de frappe avec ses 2,4 milliards d’utilisateurs mensuels malgré ses seulement quinze ans d’existence, ces questions sont essentielles. Il faut s’assurer que ne se développe pas un système financier parallèle sans contrôle. L’on est en droit d’en douter quand on lit dans le livre blanc du projet la phrase suivante :

« Étant donné que la Libra sera internationale, l’association a décidé de ne pas développer sa propre politique monétaire, mais d’employer à la place les politiques des banques centrales représentées dans le panier. » Ouf ! Il semble que les banques centrales soient désormais rattrapées à leur tour par la révolution numérique.


Il existe déjà des portefeuilles électroniques massivement adoptés en Chine avec WeChat Pay et Alipay qui comptent respectivement un milliard et neuf cent millions d’utilisateurs. Mais ils sont reliés à un compte bancaire en yuan contrairement au système Libra qui fonctionnerait de manière autonome.

Plus globalement se pose la question du pouvoir exorbitant de ces GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) qui conduit les responsables politiques américains à envisager leur démantèlement.


Quelques chiffres :


- le budget de recherche des GAFA est deux fois plus important que le budget de recherche de l’état français

- leur capitalisation boursière, c’est-à-dire leur valorisation, est supérieure de plus de 20% au PIB de la France avec seulement 921 000 employés comparés aux 67 millions de français

- 89% des recherches mondiales sur Internet passent par Google

- Google et Facebook contrôlent 58% des dépenses publicitaires sur Internet (source eMarketer) etc…


Sans compter l’avantage considérable de maîtriser d’immenses bases de données à l’ère de l’intelligence artificielle.


Les GAFA sont au cœur de toutes les activités clés de l’économie : communication, commerce, santé, information, loisirs (musique, films), et maintenant finance.


Ce que j'en pense :

Avec le système Libra, Facebook serait de nature à bouleverser l’équilibre du système financier mondial. Sur les 2,4 milliards d’utilisateurs mensuels actifs de Facebook, 41% sont dans la zone Asie-Pacifique.

Si ces adultes faisaient plus confiance à la libra comme monnaie que leur propre monnaie nationale pour payer et épargner, cela pourrait déstabiliser les monnaies locales. Et sur les 1,7 milliards d’adultes privés de comptes bancaires, 13% sont chinois.

Après la guerre commerciale arrive la guerre des monnaies.

Cette fois, elle n’est pas déclenchée par les deux grandes puissances mondiales dirigeant plus d’1,7 milliard de personnes mais par un écosystème venant de la puissance d’un acteur du numérique avec seulement 37 700 employés.

Face à ces enjeux, les gouvernements vont devoir accélérer la mise en place d’une règlementation sur les cryptomonnaies.

C’est au moins ce à quoi aura servi dans un premier temps l’initiative de Facebook.

Ils devront aussi veiller à ce que les acteurs économiques gardent leur confiance dans leur monnaie nationale.

Là, l’enjeu est de taille.







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