Ralentissement de la Chine : "C’est grave, Docteur ?"


© Istock

Les faits :

En décembre, les exportations chinoises ont baissé de 4,4% et les importations ont chuté de 7,6%. Pour la première fois en 28 ans, le nombre de véhicules vendus en Chine a reculé avec une baisse de 2,8% et 28 millions d’unités.

Le gouvernement vient de réviser d’un demi-pourcent la croissance du PIB à +6%-6,5% pour l’année 2019, soit le plus faible taux de croissance depuis 1990. Il annonce un programme de réduction de la fiscalité pour les entreprises, une baisse du taux de TVA, et vient de réinjecter 83Mds$ dans son système financier.


Mon décryptage :

Depuis son entrée dans l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) en 2001, le développement économique spectaculaire de la Chine lui a permis de devenir la deuxième puissance économique mondiale avec près de 15% de la richesse mondiale et un PIB multiplié par huit. Elle est devenue le premier exportateur avec environ 13% des exportations mondiales et le premier détenteur de réserves de changes avec quasiment 28% des réserves mondiales (source FMI).


La Chine, à elle seule, est responsable de près du tiers de la croissance mondiale. Analyser ses données est donc crucial pour comprendre l’évolution de l’économie mondiale.


Au cours des 40 dernières années, la croissance du PIB chinois a été de 9,6% par an. Mais en 2018, ce taux de croissance est retombé autour de 6,5% et pourrait même être inférieur à 6% dans les années à venir (source Capital Economics).


Les causes de ce ralentissement sont connues : ralentissement « pilotée » de la croissance du crédit pour désendetter l’économie, et premiers effets de la guerre commerciale sino-américaine. Plusieurs millions d’emplois auraient été perdus notamment dans les secteurs affectés par la hausse des droits de douane américains. Il faut également résorber les surcapacités de production dans l’industrie. La Chine produit 49% de l’acier mondial. C’est trois fois plus que le total de la production de l’Europe et de l’Amérique du Nord.


Le gouvernement a jusqu’ici été particulièrement habile en pratiquant une politique de « stop and go » en fonction de l’évolution de l’économie. Cela a permis d’éviter une récession au cours des 25 dernières années. Les autorités viennent ainsi de prendre plusieurs mesures pour soutenir l’économie.


Les négociations commerciales avec les Etats-Unis sont aussi actives afin de trouver un accord avant le 1er mars, date à partir de laquelle D. Trump menace d’appliquer des droits de douane de 25% sur 200Mds$ d’importations chinoises aux Etats-Unis.


Il est probable qu’un accord « de façade » soit trouvé pour que de tels droits de douane ne soient pas imposés. Il s’agit d’éviter que les économies des deux grandes puissances n’accentuent leur ralentissement. Mais la lutte pour le leadership technologique mondial est bien engagée. Elle risque de durer longtemps et prendra d’autres formes que des hausses de droits de douane. C’est déjà le cas avec la personnalisation des attaques : arrestation de la directrice financière de Huawei au Canada, ainsi que d’un responsable commercial en Pologne, menace de peine de mort sur un prisonnier canadien en Chine.


Certes, le ralentissement de la croissance de la Chine paraît structurel. Cette croissance devrait néanmoins continuer d’être trois fois supérieure à celle des pays occidentaux. Le développement de la consommation et des services en sera le moteur principal grâce à la poursuite de l’essor de la classe moyenne. Le taux d’urbanisation est en effet encore inférieur à celui des pays les plus avancés (60% contre 78% en France et 82% aux Etats-Unis). Si le PIB par habitant dans les grandes villes a considérablement augmenté, il reste encore de larges marges de progression au niveau du pays. Le PIB par habitant de la Chine est encore plus de trois fois inférieur à celui de la Corée (8800$ contre 29700$, source Banque mondiale).


Ma recommandation :

La chute du marché chinois de 27% depuis un an reflète déjà le ralentissement de la croissance chinoise.

Il faut néanmoins se concentrer sur le secteur des biens de consommation et des services qui bénéficieront de l’évolution des dépenses des classes moyennes et de la baisse de la TVA.

Il faut faire attention aux secteurs les plus cycliques et au secteur technologique (semi-conducteurs) qui sont les plus impactés par l’environnement économique et géopolitique actuel.






© 2019 Mes clés pour investir  par Olivia Giscard D'Estaing.  Site réalisé sous Wix par Easy Site Shop

Suivez moi aussi sur

  • Gris Facebook Icône
  • Grey Twitter Icon
  • Grey LinkedIn Icon