Ralentissement de la croissance mondiale : une menace pour les marchés ?

Mis à jour : 16 nov. 2018


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Les faits :

La croissance économique au troisième trimestre par rapport au second trimestre a montré des signes de faiblesse dans plusieurs pays ( -0,2% en Allemagne, -0,3% au Japon) et a ralenti dans la zone euro (+0,2% contre +0,4%). La baisse de 23% du prix de pétrole depuis début octobre ajoute à l’anxiété ambiante. Et plusieurs fournisseurs d’Apple ont alerté sur un fort ralentissement de leurs commandes traduisant la faiblesse de la demande de smartphones.


Mon décryptage :

Les économistes évaluent le « potentiel » de croissance d’une zone économique en considérant deux éléments : l’évolution des facteurs de production (population active, équipements physiques, capital immatériel) et de leur productivité. Ils calculent ainsi l’évolution soutenable, c’est-à-dire sans tensions inflationnistes, du PIB. C’est une façon de mesurer le potentiel de création de richesse d’un pays par la production de biens et services créée sur son territoire.


Il semble de plus en plus difficile de mesurer cette croissance potentielle car les économistes ont du mal à apprécier la valeur du capital immatériel, c’est-à-dire tout ce qui fait la richesse intangible d’une entreprise comme le savoir-faire, la valeur de la marque, sa capacité d’innovation et d’organisation. Or ce capital immatériel représenterait plus de 60% de la valeur d’une entreprise.


D’autre part, le potentiel de croissance d’une économie n’est pas figé dans le temps mais évolue en fonction de la démographie et des politiques économiques menées par les gouvernements. Il peut ainsi être significativement renforcé grâce à une bonne gestion des dépenses publiques, à des mesures favorisant la formation des personnes en âge de travailler et à des réformes visant à éliminer les rentes pour favoriser la productivité.


Selon les organismes internationaux, le potentiel actuel de croissance annuelle pour la zone euro serait de l’ordre de 1,5% (2% en Allemagne, 1,3% en France mais inférieure à 1% en Italie, Espagne et Portugal), de 2% aux Etats-Unis, de 1% au Japon et de 5,5% dans les pays émergents.


D’après Rexecode, cabinet d’analyse indépendant, de 2018 à 2022, moins d'un quart de la croissance du PIB mondial sera issue des économies de l’OCDE ; les deux-tiers de la croissance mondiale viendront d’Asie émergente, dont 35% de la Chine et 18% de l’Inde.


Un consensus se dégage pour dire que le pic de croissance économique mondiale aurait été atteint en 2018 avec 3,7%. La croissance en 2019 se rapprocherait ainsi de la croissance potentielle et tendrait vers 3,2%.


L’avertissement des fournisseurs de smartphones confirme qu’il faut s’attendre à une baisse de la contribution de la technologie et des services mobiles à la croissance alors qu’ils ont représenté 4,5% du PIB mondial (source FMI) en 2017.


Les économistes ajustent leurs prévisions en fonction d’» indicateurs avancés » comme les indices de directeurs d’achats appelés PMI (Purchasing Manager Index), enquêtes auprès des entreprises, ou d’éléments pouvant perturber l’activité (variations du prix du pétrole, variation des devises, catastrophes naturelles).


Peter Praet, économiste en chef de la BCE (Banque Centrale Européenne), a estimé cette semaine que le rythme de croissance de la zone euro ralentit principalement à cause de la perte de dynamisme de la croissance mondiale.


La zone euro est en effet plus sensible que les Etats-Unis au commerce mondial : le poids de ses exportations dans le PIB est proche de 20 % contre 7% pour le continent américain.


Ce qui peut casser la croissance et provoquer une récession ? Une politique monétaire trop restrictive par peur de résurgence de l’inflation. La hausse des taux d’intérêt vient alors durcir les conditions de financement et peser sur les coûts des agents économiques. L’endettement étant très élevé aujourd’hui, ce risque apparaît comme l’un des risques majeurs du cycle économique actuel.


Mais il semble que le président de la banque centrale américaine, J. Powell, en soit conscient. Il a reconnu cette semaine qu’il devait équilibrer les risques entre un trop fort ralentissement économique mondial et la hausse de l’inflation américaine pour déterminer le niveau des taux d’intérêt.


En quoi l’évolution de la croissance économique est-elle importante pour les marchés financiers ?


C’est elle qui va déterminer le potentiel de croissance du chiffre d’affaires des entreprises. Même s’il existe de nombreux autres facteurs comme l’évolution des devises (parité euro/dollar) ou des parts de marché.


Mais plus que l’évolution du chiffre d’affaires, c’est la croissance des résultats des entreprises qui est l’élément essentiel pour la valorisation des sociétés. Si les marges augmentent, la progression des résultats peut être nettement supérieur à la croissance du chiffre d’affaires.


Pour 2019, la croissance des résultats des entreprises est estimée à 9% dans la zone euro et +6% aux Etats-Unis après une année exceptionnelle (+24%). Aux Etats-Unis, les marges nettes des entreprises, supérieures à 11%, sont à un record historique. C’est loin d’être le cas dans la zone euro.


Ma recommandation :

Dans un environnement de ralentissement de la croissance mondiale, il faut sélectionner les entreprises capables d’assurer une croissance de leurs résultats indépendamment du cycle économique. Il s’agit notamment de sociétés leaders sur des secteurs en croissance, favorisés par la transformation de nos sociétés : la santé, l’environnement, l’urbanisation, la sécurité, la digitalisation. C’est aussi le cas des sociétés disposant de marques fortes capables d’augmenter leurs parts de marché grâce à leur pouvoir d’attraction. Une occasion de redorer le blason des gérants capables d’identifier ces entreprises. Une gestion active de ses investissements par opposition à une gestion dite « passive » ou indicielle qui ne fait pas cette distinction entre les secteurs porteurs et ceux sans croissance. Une façon aussi de s’affranchir des mouvements boursiers de court terme, parfois violents et incohérents. La détention de ces entreprises sur le long terme devrait permettre une valorisation de son capital en phase avec leur potentiel de développement.




© 2019 Mes clés pour investir  par Olivia Giscard D'Estaing.  Site réalisé sous Wix par Easy Site Shop

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