Surenchères dans la guerre commerciale : négociation ou point de non-retour ?


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Les faits :

Depuis le 9 mai, les droits de douane sur 200 milliards de dollars d’importations chinoises aux Etats-Unis sont passés de 10% à 25% ; la menace plane pour étendre cette mesure à plus de 300 milliards de dollars supplémentaires, ce qui taxerait la quasi- totalité des importations chinoises (540 milliards de dollars). La Chine a rétorqué en instaurant des droits de douane de 5% à 25% sur 60 milliards de dollars d’importations américaines à partir du 1er juin.

Les négociations perdurent mais il va falloir attendre la rencontre de D. Trump et de Xi Jinping au sommet du G20 d’Osaka les 28-29 juin pour savoir si un accord est possible ou si l’engrenage est inévitable.


Mon décryptage :

Chaque jour apporte un nouveau degré dans l’escalade de la guerre commerciale. Dernière mesure : D. Trump vient de signer le décret qui permet de bloquer les transactions impliquant des technologies de l’information si celles-ci s’avèrent être un danger pour la sécurité nationale. Cela vise en particulier l’entreprise chinoise Huawei qui rejoint donc la liste des sociétés "suspectes". La veille, D. Trump avait déjà interdit à China Telecom d’opérer aux Etats-Unis.


Les Chinois, relativement calmes jusqu’ici, dénoncent en D. Trump «un bandit». Ils sont déterminés à défendre leurs intérêts nationaux et leur « dignité ». « Les échanges et l'apprentissage mutuel entre les civilisations devraient être diversifiés et multidirectionnels, plutôt qu'imposés ou coercitifs. Ils ne devraient pas être à sens unique." a déclaré Xi-Jinping.


Si cette rhétorique semble être une arme bien faible comparée aux mesures prises par D. Trump, elles n’en reflètent pas moins une profonde divergence de vue sur l’organisation du commerce mondial. Les Chinois ne sont en effet pas prêts à renoncer à leur capitalisme d’Etat qui s’appuie sur la puissance de ses banques (plus de 38 milliards de dollars d’actifs). Il parait illusoire de les contraindre à renoncer aux subventions que l’Etat distribue aux entreprises de secteurs jugés stratégiques.


Il sera aussi difficile d’obtenir des Chinois qu’ils acceptent un organisme indépendant de contrôle de leurs engagements, comme le souhaitent les Américains. Cela irait à l’encontre de leur système économique centralisé où l’Etat est le seul arbitre. Pourtant, ce serait l’unique moyen de s’assurer de la protection de la propriété intellectuelle et du non transfert des technologies.


Difficile dans ces conditions de concilier les points de vue. D’autant que D. Trump semble convaincu que les Chinois veulent un accord pour éviter d’être les grands perdants d’une guerre commerciale.


Il est vrai que le déséquilibre des échanges est aujourd’hui largement en défaveur des Américains : en 2018, les importations chinoises aux Etats-Unis ont représenté près de 540 milliards de dollars alors que les exportations américaines vers la Chine n’ont atteint que 120,3 milliards de dollars (source BEA).


Les économistes s’accordent cependant pour affirmer que tout le monde souffrirait d’une guerre commerciale. Cela entrainerait une diminution du commerce mondial et impacterait négativement le rythme de la croissance économique mondiale. Selon le FMI (Fonds monétaire international), la hausse des droits de douane sur la totalité des importations chinoises aux Etats-Unis réduirait la croissance annuelle américaine de 0,3% à 0,6% et chinoise de 0,5% à 1,5%. Il est également probable de voir un regain d’inflation que la banque centrale de New-York a chiffré à +0,5%.


Les impacts économiques liés à la guerre commerciale se sont déjà fait sentir. Le commerce mondial a baissé de 0,3% au dernier trimestre 2018. Et l’OMC (Organisation mondiale du commerce) a fortement révisé en baisse ses prévisions pour 2019 avec une croissance du commerce mondial de seulement 2,6% contre +3,7% estimé en septembre 2018. L’économie chinoise a ralenti ; ses exportations n’ont augmenté que de 5,7% au premier trimestre au lieu de + 8,5% au dernier trimestre 2018. Et l’industrie manufacturière mondiale est sous pression : l’indice PMI Markit est à 50,3, soit son niveau le plus bas depuis juin 2016. Pour rappel, le niveau de 50 est celui qui sépare la croissance du déclin.


Ce que j'en pense :

Même si les marchés financiers ont baissé sur les nouvelles, ce recul semble faible par rapport aux enjeux d’une guerre commerciale sino-américaine.

Il est clair que les marchés s’attendent in-fine à un accord, l’idée étant que les dommages collatéraux seraient trop importants pour les deux parties.

Si aucun accord n’est trouvé, les investisseurs restent confiants sur le fait que les banques centrales pourraient alors intervenir pour en amoindrir les effets négatifs.

Un optimisme à toute épreuve que les répercussions du bannissement de Huawei pourraient contrarier.







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