Theresa, Annegret, Anne, Jacline : les femmes à l’honneur pour une performance plus durable ?


Theresa, Annegret,Anne, Jacline

Les faits :

Theresa May, première ministre britannique, victorieuse du vote de confiance de son parti ; Annegret Kramp-Karrenbauer élue à la tête du parti allemand CDU pour remplacer Angela Merkel ; Anne Rigail nommée directrice générale d’Air France ; Jacline Mouraud figure des « gilets jaunes » qui prône le dialogue.


Mon décryptage :

Plusieurs femmes ont été mises à l’honneur cette semaine :


Theresa May est sortie victorieuse du vote de défiance initié par son parti avec 63% des députés « tories » qui l’ont soutenue. Elle est indétrônable pendant douze mois. La prochaine date clé se situe entre le 7 et le 21 janvier, période fixée pour le vote du Parlement sur l’accord du Brexit. Theresa May doit maintenant convaincre une majorité de députés de ratifier cet accord. Pour ce faire, elle va s’efforcer d’obtenir des concessions de l’Union européenne sans lesquelles les 585 pages de l’accord n’ont quasiment aucune chance d’être acceptées en l’état.


Annegret Kramp-Karrenbauer, dite AKK, a été élue à la tête du CDU, le parti d’Angela Merkel, avec 51,8% des voix. Cette femme de 56 ans était la secrétaire générale de la CDU après avoir dirigé l’état de la Sarre. C’est une européenne de cœur qui a introduit le français obligatoire dans la Sarre. Elle est connue pour ses positions à la fois sociales (hausse du Smic) et fermes sur l’immigration. Elle est très appréciée du parti des Verts, grand vainqueur des dernières élections.


Anne Rigail, qui, à 49 ans, est la première femme à obtenir le poste de directrice générale d’Air France. Ingénieure diplômée de l’Ecole des mines, elle a une solide expérience du terrain dans le secteur aérien. Elle sera chargée de mettre en œuvre le plan stratégique que dévoilera le président du groupe en février 2019.


Enfin, Jacline Mouraud, figure du mouvement des « gilets jaunes » se définit comme "le porte-voix de la France qui souffre". Sa vidéo contre l’acharnement du gouvernement à l’encontre des automobilistes a été vue plus de six millions de fois sur Facebook. A 51 ans, cette bretonne, mère de trois enfants, a été régulièrement vue sur les plateaux de télévision pour défendre les revendications des » gilets jaunes » devant les députés. Cette semaine, elle s’est prononcée pour une attitude constructive et intelligente, ouverte au dialogue avec le gouvernement.


L’exemple de ces femmes d’influence n’est qu’une goutte d’eau dans le monde économique.


Les femmes sont en effet encore peu représentées au sein des instances dirigeantes que ce soit dans la sphère publique ou privée.

Ainsi, il n’y a que 38% de femmes dans les cabinets ministériels ; 80% des directeurs de cabinet sont des hommes. Au parlement, les postes de Président de groupe sont tous occupés par des hommes, à une exception près. Au Sénat seuls 22% de femmes occupent des postes clés.


Chaque année depuis 2013, l’observatoire Ethics&Boards dresse un état des lieux de la féminisation des grandes entreprises en France. Selon le dernier rapport de 2018, il n’y a que les conseils d’administration qui ont connu une évolution significative grâce à la loi Copé-Zimmermann qui exige depuis 2017 un minimum de 40% de femmes au sein des conseils. Un chiffre désormais dépassé avec un taux féminisation des conseils d’administration des 120 plus grandes entreprises de 43,4 %.


Pour le reste, le bilan est sévère : au sein des 120 plus grandes entreprises françaises, les Comités Exécutifs comptent moins de 18% de femmes. Dans plus du quart d’entre elles, il n’y a même aucune femme au comex. 100% des PDG du CAC 40 sont des hommes. Petite consolation : en Allemagne, il n’y a que 9,5% de femmes dans les comités de direction des 160 plus grandes entreprises. Mais aux Etats-Unis, ce chiffre se monte à 22% pour les 500 premières entreprises.


Cela est d’autant plus regrettable qu’une récente étude du Crédit Suisse Research Institute montre que les entreprises dont la gouvernance est la plus mixte réalisent un résultat opérationnel 48% supérieur à celles qui ont une gouvernance 100% masculine. Et selon une autre étude récente de KPMG, une meilleure inclusion des femmes dans les activités économiques générerait 23 milliards de dollars de PIB supplémentaire dans le monde.


La mixité aux postes de direction est ainsi l'un des leviers les plus forts pour réussir l'accélération du changement, aujourd'hui vitale dans un monde de plus en plus complexe. Elle favorise la créativité et apporte une meilleure analyse des situations. D’autre part, les femmes aux postes de direction sont reconnues pour leur sens du collectif et leur capacité à générer l'engagement des équipes, facteurs clés du succès des entreprises. Cette manière de diriger de façon beaucoup plus collaborative répond parfaitement aux impératifs de fonctionner en mode « projet » à l’ère de la digitalisation.


RobecoSAM, l’un des gestionnaires d’actifs les plus engagés sur le front de l’investissement durable depuis plus de 20 ans, a développé sa propre recherche afin de déceler les meilleures pratiques des entreprises cotées. Chaque année, un questionnaire est envoyé à 4500 entreprises mondiales dont 5 sur 100 questions sont liées à l’égalité de traitement entre hommes et femmes. Il s’agit de la présence des femmes dans le processus décisionnel, des différences salariales, des études de satisfaction des salariés et des mesures prises pour favoriser la vie familiale. De cette étude va découler un « Gender score », première étape dans la sélection de sociétés.


L’analyse historique de cette sélection d’entreprises a permis de démontrer une surperformance de 1% par an par rapport aux indices des marché actions avec une moindre volatilité (amplitude des mouvements). Elle a aussi reflété une tendance à mieux se comporter durant les phases baissières des marchés financiers.


Ma recommandation :

C’est un fait, la mixité des équipes dirigeantes est un facteur d’amélioration des performances. Et quand les femmes sont mieux représentées, c’est même la possibilité de réaliser ces performances avec plus de régularité. Dès lors, tout investisseur devrait intégrer ce critère lors de sa sélection d’entreprises. C’est particulièrement d’actualité en cette période de marchés financiers agités. On se prêt à rêver de ce qu’aurait pu être la crise de 2008 si au lieu de « Lehman Brothers », le groupe financier américain au cœur de la crise, se serait appelé « Lehman Sisters ». Il est donc urgent d’accélérer le processus de féminisation des instances dirigeantes.




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