Récession américaine en perspective ?


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Les faits :

De plus en plus d‘économistes et de directeurs financiers américains jugent inévitable une récession aux Etats-Unis dans les deux ans à venir. Cela viendrait s’ajouter à un ralentissement de l’économie mondiale déjà en cours. C’est l’une des principales préoccupations en ce début d’année 2019. La recherche du mot « récession » sur les moteurs de recherche est en effet à son pic depuis 2011.


Mon décryptage :

Une récession est techniquement caractérisée par une croissance négative du PIB deux trimestres consécutifs. Le « National Bureau of Economic Research », un important cabinet d’analyses américain indépendant, préfère retenir une vision plus large : « c’est un déclin significatif de l’activité partagé à l’ensemble de l’économie durant plus que quelques mois. »


Selon cette dernière définition, le passage d’une croissance du PIB américain de près de 3% en 2018 à seulement 1,5% en 2020 (Capital Economics) ou même 1,1% (Rexecode), pourrait bien contenir une période de récession.


C’est aussi l’avis des directeurs financiers américains qui sont 82% à prévoir une récession d’ici fin 2020 selon l’enquête trimestrielle menée par l’école de commerce de l’université de Duke en Caroline du Nord.


Rien d’étonnant à cela : ce cycle d’expansion, même s’il a été de faible ampleur, sera le deuxième plus long de l’histoire américaine avec 120 mois de croissance ininterrompue (jusqu’en juillet 2019) depuis la dernière récession.


Quelques signes avant-coureurs apparaissent déjà. Les indicateurs avancés du marché du logement se retournent à la baisse : l’indice de prévision des constructeurs de maisons individuelles (NAHB) a perdu 10 points depuis octobre et se rapproche du niveau d’équilibre entre contraction et expansion.


Les spreads de crédit des entreprises les moins bien notées se sont fortement tendus. En clair, les sociétés les plus endettées ont vu leur taux de refinancement augmenter sensiblement depuis un an : de près de 6% à 8% aujourd’hui ; cela reflète la prise en compte d’un ralentissement économique. Et la fermeture partielle des services fédéraux depuis le 22 décembre dernier n’arrange pas la situation. Elle impacte près de 800 000 fonctionnaires qui sont maintenant en congé - c'est-à-dire mis à pied temporairement faute de fonds - ou travaillent sans rémunération. Près de 25% des dépenses du gouvernement fédéral ne sont plus financées.


L’un des indicateurs les plus scrutés par les investisseurs est la différence de rendement entre les taux à 10 ans et les taux à 2 ans. Il est admis et prouvé que lorsque cette différence devient négative, elle annonce une récession. Depuis 1955, toutes les récessions ont été précédées de cette configuration appelée « courbe des taux inversée ». Il n’est pas normal en effet que l’argent soit mieux rémunéré à court terme qu’à long terme. Cela traduit bien l’idée que la hausse des taux court terme n’est pas tenable. Ce différentiel n’est pas encore négatif mais se rapproche d’une zone dangereuse : il s’établit à 0,15, au plus bas depuis 2007.


Pourtant, on ne constate pas de déséquilibre majeur dans l’économie réelle. Il n’y a pas eu de surinvestissement de la part des entreprises ni de surstockage ; le taux d’épargne des ménages est au niveau raisonnable de 6% ; la santé financière des entreprises est bonne ; et la chute de 39% du prix du pétrole depuis trois mois va alléger le coût des dépenses d’énergie. Le marché de l’emploi reste solide avec un taux de chômage à 3,7%, au plus bas depuis 1969. Les nouvelles inscriptions au chômage, publiées chaque semaine, ne donnent aucun signal d’alerte. Et les créations d’emploi restent sur un rythme très positif avec 155 000 emplois crées en novembre.


Le problème vient, une fois de plus, du resserrement de la politique monétaire américaine. La hausse des taux et l’assèchement des liquidités disponibles deviennent vite insupportables dans une économie où l’endettement est élevé.


Une récession n’est pas inévitable. Sa probabilité dépend de la politique monétaire américaine. Si J. Powell, président de la FED (banque centrale américaine) maintient ses prévisions de deux nouvelles hausses de taux en 2019, une récession en découlera. Au contraire, s’il tient compte du danger que fait peser sur l’économie un durcissement trop fort des conditions de crédit, une récession pourra être évitée ou sera de faible ampleur.


Pour l’instant, le consensus des économistes prévoit, pour les Etats-Unis, une croissance de près de 2,4% en 2019 et proche de 2% en 2020. Des estimations qui pourraient être révisées en baisse en fonction de la politique monétaire américaine.


L’économie mondiale est déjà engagée dans un ralentissement de son rythme d’activité : après une croissance de l’ordre de 3,7% en 2018, le PIB mondial devrait tourner autour de 3,3% en 2019, et même plus proche de 3% selon les prévisions des économistes de Vanguard, deuxième société de gestion mondiale.

Tim Cook, président d’Apple, vient de nous le rappeler en lançant, pour la première fois depuis son arrivée en 2011, un avertissement sur le chiffre d’affaires du groupe. Au premier trimestre 2019, qui comprend les ventes de Noël (septembre à décembre), celui-ci devrait baisser de l’ordre de 5% sur un an.


Ma recommandation :

Si une récession américaine n’est pas le scénario le plus envisageable en 2019, la probabilité qu’elle intervienne dans les deux ans reste d’actualité si la politique monétaire continue de se durcir.

Il est donc préférable de continuer à sélectionner les entreprises et les secteurs les moins cycliques tels que la santé, les télécommunications, les biens de consommation non durables (alimentation, cosmétique, entretien …).

Un fort ralentissement de la croissance mondiale n’est en effet pas anticipé dans les prévisions de croissance des résultats des entreprises.




© 2019 Mes clés pour investir  par Olivia Giscard D'Estaing.  Site réalisé sous Wix par Easy Site Shop

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